Non, mon agresseur n’était pas un client – Non, nous ne sommes pas à vendre

Publié: 17 octobre 2014 par L'épicène dans 3615mavie, nos essais
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On m’a demandé si mon agresseur était « un client ». J’ai répondu que nous avions certes pris rendez-vous dans le cadre de mon travail, mais que non, ce n’était pas un client. En disant cela, j’ai vu l’étonnement se peindre sur des visages, l’incompréhension s’y installer. Alors je suppose qu’il faut que j’explique. C’est toujours à nous d’expliquer, de rendre des comptes, de répondre à des questions que les gens trouvent stupides quand on les leur retourne. Bon ok, allons-y.

Une fois quand j’étais jeune, j’ai piqué des trucs dans un grand magasin. Enfin, j’ai essayé, mais je me suis fait prendre. Pendant qu’on attendait la police, l’un des vigiles a dit à quelqu’un du magasin d’aller remettre mes courses en rayon. J’ai protesté :

– Attendez, laissez-les là. Je veux les acheter.

– Non, vous ne pouvez pas.

– Mais c’est stupide ! Il faudra que je revienne et que je reprenne les mêmes choses en rayon pour pouvoir les acheter ?

– Non. Vous n’aurez plus le droit d’entrer dans ce magasin.

– Ah ? Mais alors laissez-moi les payer tout de suite.

– Non.

Vous voyez le rapport ? Ce magasin a décidé que je ne faisais plus partie de leur clientèle, parce que je n’avais pas respecté leurs règles du jeu. Avant ça, je pouvais y entrer et acheter tout ce que je voulais. Après, ce n’était plus possible, même pas « juste les provisions qui sont là ». D’ailleurs, ce n’est même pas encore aussi simple…

Tout le monde peut entrer dans un grand magasin… tant que ça convient à la direction du magasin ; mais si par exemple vous êtes manifestement ivre, si votre comportement ne leur convient pas ou si vous êtes sur leur liste noire, ils ne vont pas vous laisser entrer.

On peut tout acheter dans un grand magasin… enfin, tout que ce qu’ils acceptent de vendre ; les caddies, les néons, les rayonnages ou même parfois un produit mal étiqueté ne vous seront cédés ni pour deux sous, ni à prix d’or. Et bien sûr le magasin lui-même n’est pas à vendre.

Vous comprenez mieux, maintenant ? Ce sont eux qui décident si vous êtes un client. Ce sont eux qui décident ce que vous pouvez acheter. Ce sont eux qui décident à quel prix, à quelles heures et sous quelles conditions.

Eh bien les putes, c’est pareil. On n’est pas « à vendre ». On accepte, sous des conditions bien précises, de vendre des services bien précis. C’est nous qui décidons à qui, où, quand et comment. Et le statut de client est révocable à tout moment, en particulier si quelqu’un ne respecte pas nos règles du jeu.

C’est incroyable, comme comparaison. Moi qui me bats pour qu’on arrête de parler de « marchandisation » de nos corps, je prends l’exemple d’un supermarché… C’est incroyable que les supermarchés exercent leur pouvoir, posent leurs conditions de manière aussi invisible à vos yeux, tandis que ce même pouvoir, vous ne pouvez même pas imaginer que les putes l’exercent aussi…

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commentaires
  1. Maman MaMouth dit :

    Je (nous?) ne peux pas l’imaginer parce si je ne l’ai jamais fait (exercer ce pouvoir). J’imagine qu’une personne vivant dans la nature sauvage ne comprendrais pas la nature du supermarché que tu décris. Cependant dans ton cas, l’agresseur refusé comme client t’a agressée, tandis que dans le cas du supermarché je ne crois pas que tu puisse casser la gueule sans conséquences aux vigiles qui ne t’ont pas laissés emporté la marchandise. il y a donc une différence de taille, qui fait que les putes n’exercent pas le pouvoir des supermarchés.

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  2. L'épicène dit :

    Ce n’est pas ce que je disais. D’abord, je n’ai pas refusé mes services à quelqu’un, qui m’aurait agressé ensuite ; c’est parce que cette personne m’a agressé, qu’elle a cessé immédiatement d’être un client. Tout comme moi, lorsque j’ai contrevenu aux règles du supermarché. Ensuite tu compares des degrés de force physique qui n’ont pas à l’être. Je ne prétends pas casser la gueule à une troupe de vigiles… Un magasin ne peut pas, même en employant plein de vigiles, s’assurer que tout le monde respecte ses règles ; par contre c’est lui qui fixe ses règles, et il peut refuser le statut de client aux personnes qui ne les respectent pas. Je dis simplement que ce pouvoir, les putes l’ont également.

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  3. une catho progressiste dit :

    A reblogué ceci sur Blog d'une jeune catholique progressiste.

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