Articles Tagués ‘solidarité’

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La pilule rouge, c’est un truc qui m’est tombé dessus et que j’ai commencé par regretter amèrement. Ça a démarré lentement, une rencontre par ci, une lecture par là, suivies de quelques observations, des choses que je me suis mis’ à remarquer. Ensuite ça s’est accéléré parce qu’à mesure que les problèmes m’apparaissaient, j’ai cherché des solutions mais ça ne faisait que me faire prendre conscience de plus de problèmes. Par exemple en lisant des féministes afro-américaines, des liens me sont apparus entre le sexisme qui commençait à m’obséder, et le racisme dont j’avais une vision très floue et lointaine. J’ai compris que j’étais profondément concerné’, en fait j’ai compris que j’étais blanc’, que je faisais partie du système raciste, que même mon féminisme était raciste.

Les militant’s que j’ai rencontré’s dans des discussions ou à travers des lectures, parlaient de privilèges et d’oppressions qui jusque là avaient été invisibles pour moi. Ma réalité s’est peuplée de réalités différentes, comme les bâtiments dont je remarquais tout d’un coup que l’accès était difficile pour les gens en fauteuil roulant. J’ai réalisé qu’il y avait des gens qui vivaient dans les caravanes de la zone d’accueil des gens du voyage, et qui pouvaient se retrouver privés d’eau sur un caprice de la mairie. Les pancartes « à vendre » et « à louer » qui sont trop nombreuses dans mon quartier, sont devenues des signes de la spéculation immobilière qui accompagne la gentrification.

La Françafrique, le slut-shaming, les contrôles au faciès, les viols correctifs, les centres de rétention, la Jungle de Calais, les épisiotomies abusives, Frontex, la psychiatrisation, les flashballs, la souffrance au travail, la viodéosurveillance, le business pharmaceutique, le privilège des études, la norme des corps minces, les meurtres racistes de la police, la mutilation des enfants intersexes, le système carcéral, etc, etc, etc, etc.

Souvent je me suis dit que ce serait sans fond, que cette prise de conscience et cette recherche d’intégrité me prenaient toute mon énergie et que je ne pourrais jamais explorer toutes les pistes. Ça faisait mal, j’ai cru que j’allais me cramer le cerveau, que la pilule rouge avait transformé ma vie en un cauchemar sans fin. Pourtant j’ai continué, parce que cela me paraissait indispensable. Non : parce que ne pas le faire me paraissait intolérable. Parce que j’avais appris comment apprendre, parce que mon regard continuait à s’aiguiser tout seul. La pilule rouge a déversé en moi ses molécules étranges et j’ai traversé plusieurs années de fièvre et de souffrance. Désespoir, hargne inextinguible, peur de m’isoler de plus en plus, sensation de suffoquer au milieu de toute cette merde…

Maintenant, je peux sentir que cette quête évolue mieux que je ne le prévoyais. La colère qui me submergeait à chaque nouvelle prise de conscience, m’habite toujours mais en toile de fond, comme un leitmotiv dans mes actions et réflexions. Au contraire, ces nombreuses prises de conscience que j’ai vécues comme des baffes, viennent en quelque sorte relativiser les choses que je découvre aujourd’hui. Je ne me sens pas anesthésié’ pour autant, ça me touche, mais ça ne me désespère plus. Le monde a cessé de s’écrouler autour de moi : vu que ça, c’est fait. Et je ne le regrette pas, bien au contraire ! Mes anciennes croyances sur le fait qu’un semblant de justice existerait dans tel ou tel domaine, sur la neutralité de certains auteurs, de certains outils, etc, ont disparu et j’en ai fait le deuil. Tout ça me désespérait et me prenait beaucoup d’énergie. Une fois la désillusion passée, je constate que je peux faire avec.

Mes fréquentations ont été impactées par ce chambardement qui a eu lieu dans ma vie : je ne pouvais plus supporter les gens qui tenaient des propos sexistes, et je découvrais de plus en plus le sexisme contenu dans des idées banales, dans des phrases anodines. Ça m’a forcé à faire un peu le tri dans mes relations, ça m’a éloigné de certaines personnes ; j’en ai aussi rencontré d’autres avec qui je partage plus de choses. À peu près à ce moment là, j’ai commencé à réaliser qu’il n’y avait pas un « eux » et un « nous » mais que ce sexisme, ce racisme, toutes ces oppressions, je les véhiculais autant que les autres, que c’était tout le monde. Ça m’a rendu’ plus modeste et j’ai arrêté de partir en croisade, de me retrouver sans arrêt en conflit avec les autres. Ça m’a amené’ à me pencher sur mes propres idées et comportements.

Et ça aussi, au début ça m’a paru insurmontable : tant de choses à changer, des habitudes si bien ancrées, un tel aveuglement… mais en allant dans cette direction, j’ai réalisé que le chemin m’apportait autant que les buts que je m’étais fixés, et même beaucoup plus. J’ai aussi commencé à trouver des récompenses dans mes efforts : des rencontres, des trucs que je comprenais ou qui se mettaient à s’articuler, des activités que je me refusais avant, le bricolage par exemple. Une autre forme d’humour aussi, une expression qui est devenue plus satisfaisante et en même temps plus libérée. Je m’aperçois que j’ai pris de l’aisance pour expliquer certaines choses, que je peux amener les gens à comprendre des trucs sans forcément les heurter. C’est une façon stimulante de me rendre utile, ça me pousse à creuser et ça me permet de partager.

Le chemin n’a pas de fin, c’est une idée qui m’a d’abord écrasé’. En fait ça m’a permis de revoir mes exigences à la baisse : je ne peux pas cesser totalement de véhiculer ces oppressions, je peux seulement faire de mon mieux. Je me sens à la fois réconcilié avec moi-même, et plus léger’ : je sais enfin quoi faire, par quel bout prendre le problème. Je ne suis pas un super-héros et je ne sauverai pas le monde, par contre je peux agir concrètement sans attendre le grand soir. J’ai même appris à faire des compromis dans ma vie, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. J’ai trouvé mes repères, les choses qui me vont, celles que je peux accepter, celles que je combats avec ou sans diplomatie, et celles que j’évite simplement, sans me prendre la tête, comme j’évite de manger trop pimenté ou d’avoir à marcher vite pendant mes règles.

En résumé je dirais que oui, je vais devoir m’y coller pendant le reste de ma vie, mais que je me suis formé’ à ça. Je me sens rôdé’, c’est devenu supportable et même parfois joyeux. Je suis tout simplement en chemin. Et vive la pilule rouge !

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Plusieures femmes travaillant au lycée Condé subissent un harcèlement de la part du proviseur. Elles ont osé parler, saluons leur courage. L’une d’entre elles est actuellement hospitalisée ; les autres travaillent dans la peur de croiser ce type, qui est leur supérieur hiérarchique.

Pour l’une au moins, il s’agit d’un harcèlement sexuel caractérisé : avances, allusions sexuelles, contacts physiques imposés. Devant ses refus répétés, le proviseur est passé au harcèlement moral : reproches gratuits, convocations en série, bâtons dans les roues, dévalorisation systématique. Mais comme elle le sait trop bien : qu’est une victime pour évoquer des faits qu’elle ne pourra pas prouver ?

La norme en matière de harcèlement est malheureusement que ce sont les victimes qui doivent partir afin de « régler » le problème. En l’occurrence, s’agissant d’un harcèlement en série, les autres femmes travaillant dans ce lycée resteraient de toute façon très menacées. Et quand le rectorat parle de (ne pas) muter ce proviseur, cela sonne comme une plaisanterie : en quoi être muté le ferait-il cesser de harceler ?

En revanche, suspendre ce proviseur relèverait du simple bon sens et correspondrait à la situation présente (des accusations multiples et graves, la qualification de « harcèlement caractérisé » par le médecin du rectorat). Le suspendre ne serait pas prendre parti (ce dont l’éducation nationale ne se prive pas dans d’autres circonstances) mais prendre une précaution.

Las, le recteur préfère parler d’instrumentalisation, d’amalgame, de soupçons gratuits, de dérapage (!) et dire qu’ « il faut faire la part des choses entre ce qui relève de l’interpersonnel et ce qui relève du professionnel. » (il n’a visiblement pas la moindre idée de ce qu’est un harcèlement). Il faut « dialoguer » et « revenir au sens des responsabilités »… Après tout, peut-être que son proviseur pourrait se contenter d’une petite pipe ?

Les personnels du lycée sont en grève depuis la rentrée en soutien à leurs collègues, obligées de côtoyer leur agresseur pour garder leur travail. Une manif aura lieu mardi à 12h30 devant le lycée (place Marulaz).

Vous remarquerez comme je ne parle pas de droits, de légitimité ou de réparations. Je parle d’un objectif modeste : obtenir la protection temporaire des victimes sur leur lieu de travail, et surtout je parle de solidarité. Ben voui, comme d’hab c’est tout ce qu’on a.

Article original : Feeling Is Not Weakness: Sadness, Mourning and Movement https://radfag.wordpress.com/2015/05/14/feeling-is-not-weakness-sadness-mourning-and-movement/ sur le blog de Radical Faggot.

Sentiment n’est pas faiblesse : tristesse, deuil et mouvement

Martinez Sutton prend la parole à propos du meurtre de sa sœur Rekia Boyd

Alors que nous construisons notre force collective, comment faisons-nous pour nous autoriser aussi à être vulnérables ?

Beaucoup de mouvements qui ont lieu en ce moment, à une échelle globale (mais en particulier aux États-Unis) représentent des changements politiques que j’ai espéré depuis aussi loin que je me souvienne. De sorte qu’il est difficile de comprendre pourquoi je me suis senti aussi triste ces derniers mois. Cette tristesse est en partie faite de deuil. Chaque jour, il y a de nouveaux noms de femmes trans, d’ados, de gens queer, de pères, de mères, de bébés qui ont été assassinés par la police, ou absorbés dans les prisons. J’entends leurs histoires, je suis témoin des détails révoltants sur les vidéos, gavé de violence implacable. Je suis en deuil face à la perte de leurs voix, leur sagesse, leur lumière. Je pleure pour leurs familles, notre famille. Je suis en deuil des vies de ces jeunes opprimés, de la violence à laquelle ils sont ou seront bientôt confrontés. Mais une autre partie de cette tristesse vient de quelque chose d’autre. Elle vient de la confrontation à une réalité politique qu’il serait, en fait, plus facile d’ignorer. Beaucoup d’entre nous arrivent à se lever le matin, à survivre dans notre quotidien, en n’examinant pas notre oppression de front – en tout cas pas systématiquement. Nous savons que nous ne pouvons pas nous permettre de ressentir la rage et la douleur qui nous reviennent constamment. Ce n’est pas tenable. Cependant l’émergence d’un mouvement signifie, précisément, une confrontation. Cela crée de nombreux exutoires pour l’expression de cette rage et de cette douleur. Ce qui, en retour, implique de vivre au milieu de notre propre réalité de violence, d’une façon que sinon nous éviterions intentionnellement. En tant que personne racisée qui a longtemps vécu dans des espaces blancs de classe moyenne, j’ai l’habitude de devoir expliquer ad nauseam ma vision des choses de personne opprimée, et j’ai l’habitude de la voir mise de côté. J’ai l’habitude d’être traité avec condescendance par des gens qui n’ont jamais fait l’expérience des épreuves que je vis, et qu’on me dise que je suis trop jeune pour parler des réalités historiques de mon propre peuple. Mais même si l’organisation actuelle expose au grand jour la suffisance blanche, étayant les revendications fatiguées des communautés Noire et Métisse, et même si des membres de ma communauté prennent conscience du véritable état et des objectifs réels des forces de l’ordre dans ce pays, une petite et étrange partie de moi a été révélée. Une toute petite, étrange et triste partie de moi qui aurait voulu qu’ils aient raison, que j’aie exagéré, qui aurait voulu que j’aie inventé tout ça. La légitimation de toutes ces années où j’ai supplié et débattu ne m’a pas permis de me sentir justifié ou plus fort, mais triste. Je suis triste d’avoir raison, triste que notre réalité soit aussi horrible que je l’ai toujours senti. Ironiquement, la vision que j’ai longtemps pressé les autres d’avoir est soudain une chose dont je voudrais pouvoir me détourner. En effet, une autre composante de ma tristesse est de mesurer véritablement ce qu’est la réalité sociale, politique et économique des Noirs et des Métisses dans ce pays. Tandis que les soulèvements, de Ferguson à Baltimore, en ont amené certains à discuter de la violence d’état et de l’apartheid moderne, pour ceux d’entre nous qui vivent cela au quotidien, les mouvements actuels pour la justice nous ont révélé que nos expériences de violence n’étaient ni localisées, ni isolées. Au lieu de connaître simplement les histoires vécues par nos familles, nos amis, et nos propres démêlées avec la justice, on trouve soudain une documentation (inter)nationale sur à quel point nous sommes sans cesse harcelés, emprisonnés, tués, et à quel point l’état peut se permettre de faire ça impunément. Nos témoignages -bien que décisifs dans nos propres vies- se retrouvent soudain, et de manière déstabilisante, situés dans un contexte global, et l’abrupte décompte des morts dresse un tableau qui d’une certaine façon est plus laid encore que lorsque cela concernait seulement notre immeuble, notre voisinage ou notre ville. Il est triste de réaliser que ce n’est pas juste un policier, juste un service. Il est triste de réaliser qu’il y a tout un réseau conçu pour nous faire du mal, et pour protéger ceux qui nous font du mal. Il est déprimant de réaliser à quel point l’étendue de l’empire est redoutable. Qui plus est, ma tristesse comporte de la culpabilité. Je suis coupable d’être triste. La tristesse sent la faiblesse. Je sais très bien que l’enjeu de la propagande contre nous, l’enjeu des meurtres d’état, des acquittements de policiers, du harcèlement et des emprisonnements, est la démoralisation. Je me sens coupable d’être démoralisé. Je devrais être en colère. Je devrais être enflammé d’une passion inextinguible. Je devrais me montrer aussi implacable que l’état. Si je suis triste, l’état a gagné. Si je suis triste, le combat est terminé. Ce que, depuis peu, j’essaie d’avoir à l’esprit, c’est : humanité n’est pas faiblesse. Ce n’est pas une idée dont je viens de prendre conscience, mais que je viens de me donner la permission d’habiter. Les sentiments, bien qu’ils puissent me rendre vulnérable, ne me rendent pas faible. Le deuil est ce que j’ai à faire lorsque des gens que j’aime me sont pris. Souffrir à cause des douloureuses réalités que mon peuple et moi-même vivons, est plus que compréhensible. Cela montre que je n’ai pas succombé, que je n’ai pas accepté la réalité courante, violente, que je n’ai pas abandonné la croyance en ma propre valeur. Les qualités qui rendent l’état accablant, sont celles-là mêmes qui le rendent faible. Une froide dévotion au profit, à l’amassement grotesque de ressources au dépend de la communauté, du peuple et de la planète, ce n’est pas de la force. Il n’y a, en fait, rien de plus triste que de croire au sacrifice de la vie contre des choses matérielles, du contrôle, et du pouvoir. La violence la plus intense -que nous voyons encore accélérer- , l’effacement intentionnel de l’histoire, l’usage de la force militaire, la mise à l’isolement, la négation de droits élémentaires, les attaques, les abus, ne feront jamais cesser nos communautés de ressentir. Cela ne mettra jamais fin à notre amour pour nos propres vies, pour les vies de nos ancêtres, pour les vies de nos enfants. Cela ne nous dissuadera jamais de riposter. Ma tristesse prouve mon amour, et mon amour prouve que je suis mené par de profonds liens spirituels envers mon peuple – passé, présent et à venir. Et exactement comme il serait inapproprié pour nous d’ignorer la violence, d’ignorer la réalité politique de notre oppression, il serait tout aussi inapproprié de faire comme si cela ne nous avait pas atteint, comme si cela ne nous atteignait pas. Être touché par quelque chose ne veut pas dire être faible. Et même, cela montre la présence de toutes les qualités que l’état ne possède pas, toutes les qualités qui font que le combat en vaut la peine, et qui rendent la réalisation de la justice aussi belle que possible. Faire semblant de ne pas être triste, dissimuler ma tristesse, ne me rendra pas plus fort. Étouffer mon véritable moi, renier la peur et la rage qui entourent la perte, c’est cela qui à long terme m’affaiblirait. Quand nous parlons de prendre soin de soi, de se préserver, il nous faut non seulement parler de surmonter notre chagrin, mais de l’autoriser, de lui faire de la place. Il nous faut parler de bâtir un mouvement qui nous autorise à ressentir, de toutes les façons possibles, et qui n’attende pas de nous que nous effacions ou refoulions notre tristesse au nom de l’organisation, du commandement ou de l’activisme. N’avançons pas de manière si décidée que nous ne nous arrêtions pour faire nos deuils. Nous avons le droit de pleurer pour nos pertes, pour nous-mêmes, pour nos familles, pour nos ancêtres. Laissons ce chagrin faire partie de la construction du mouvement, accordons-lui un espace sacré, et laissons-le construire en nous la compassion qui nous propulsera vers de nouvelles batailles.

Il faut s’accrocher pour lire l’effarante histoire de Danielle, violée à l’âge de 11 ans et, hélas, prise en charge par la police étatsunienne. Malgré le constat médical d’un viol, la police n’a pas pris l’affaire au sérieux. Pourtant, cela aurait peut-être évité qu’un mois plus tard les agresseurs n’enlèvent une seconde fois leur victime, presque devant chez elle, pour la violer de nouveau.

Le soir de ce deuxième viol, la police s’est carrément permis de piéger la fillette : une flic lui a menti sciemment pour voir si elle allait se contredire, lui disant que l’agresseur qu’elle avait identifié avait un alibi et lui demandant de donner une version qui soit cohérente avec ce mensonge. Ensuite, sachant que des viols avaient été commis sur une enfant de onze ans, la police a classé l’affaire au prétexte qu’elle avait fait de fausses déclarations.

Comble du sordide, la gamine a ensuite été poursuivie et condamnée, oui oui sérieusement, condamnée pour faux témoignage à cause des élucubrations qui lui ont été soutirées à partir d’un mensonge, à 5 heures du matin, la nuit après ce deuxième viol, alors qu’elle n’avait pas dormi, n’avait même pas pu changer de vêtements, et que son interrogatoire s’est terminé quand elle n’a plus été en état de parler intelligiblement.

L’article du Washington Post (en anglais) : http://www.washingtonpost.com/lifestyle/magazine/a-seven-year-search-for-justice/2015/03/12/b1cccb30-abe9-11e4-abe8-e1ef60ca26de_story.html

Bienvenue dans le monde réel. Prenez une pause, respirez. C’est les états-unis hein, on sait bien qu’ils sont fous là-bas. Heureusement nous on est en france.

*

Moi par exemple j’ai eu de la chance, finalement. Quand j’ai été confronté’ à la police après un viol, j’ai juste eu droit à…

– faire une déposition seul’ dans un bureau avec un flic mâle

– la requalification arbitraire du viol en agression sexuelle

– des prélèvements de un peu tout ; la médecin légiste était déçue que je n’aie pas de sperme dans le vagin

– la confiscation de tous mes vêtements ; on m’a juste donné une blouse jetable pour me couvrir, soit un mètre carré de papier à moitié transparent

– un autre entretien en tête-à-tête, nu’ sous cette blouse, avec un psychiatre flic mâle* qui a profité de mon état second pour me faire dire qu’au fond de moi, j’avais en quelque sorte eu le désir d’être violé’*. Histoire d’être sûr que j’allais bien me sentir coupable de « mon » viol.

Les suites ? Le mec était clairement identifié, il y avait quelques preuves dont des traces de lutte dans son appartement, mais bon soyons sérieux, quand t’es une pute c’est pas vraiment du viol*. J’ai pas eu de nouvelles. Mais alors ça servait à quoi de me faire subir toutes ces épreuves supplémentaires ? Sans me proposer la moindre aide, hein, le psy c’était pour l’enquête. Sans doute juste pour dire qu’ils ont fait leur boulot, qu’ils ont suivi la procédure, et puis ça m’apprendra à les déranger pour un oui ou pour un non.

Mais surtout, youpi, après tout ça j’ai pas eu de procès au cul. Chance, j’avais pas onze ans moi, je connaissais un peu mes droits, et j’étais choqué’ mais je comprenais quand même à moitié ce qui se passait. Je suis blanc’, ça aide aussi. Et sans doute que les flics devaient être d’humeur arrangeante, il faisait beau ce jour-là.

Je précise que je n’ai pas choisi de porter plainte. Le motard qui m’a… hum, sauvé’ ? Le motard vers lequel j’ai couru en criant au secours m’a véhiculé’ direct au comico sans me demander mon avis. Les flics ont vaguement dû me poser la question, mais j’étais pas en état de savoir ce que je voulais faire et eux, si. C’était évident que j’allais déposer une plainte, n’est-ce pas ? C’était évident que je n’avais rien de plus bénéfique à faire après un viol que de passer huit heures seul’ en leur aimable compagnie. Ils ont appliqué la procédure sans se demander si j’avais besoin de quelque chose, ou peut-être qu’ils m’ont donné un verre d’eau, je ne me souviens pas.

*

Alors je ne dis pas qu’il ne faut pas porter plainte. Ce serait bien qu’un jour les viols soient vraiment condamnés*. Je dis juste que ne pas porter plainte est un droit, et un choix plein de bon sens. Je dis qu’il faut faire gaffe, qu’il faut sérieusement se poser la question avant de mettre les pieds dans un commissariat et ne surtout pas y aller seule.

Petit guide de survie pour porter plainte après un viol

Mettons, sœur de misère, que tu souhaites vraiment porter plainte et que tu en trouves le courage. Voici quelques conseils. Ils sont bien sûr subjectifs, et doivent être adaptés selon ton ressenti et la situation.

juste après le viol

D’abord, trouve protection et soutien. Appelle qui tu peux, réclame la présence immédiate de proches qui pourront te soutenir. Au pire, réclame l’aide de n’importe qui d’autre qu’un flic : tu peux aller chez un médecin, mais aussi dans une pharmacie, demander assistance à unE passantE, unE commerçantE, ou même sonner chez quelqu’un. Si tu la sens bien au vu de sa première réaction, explique à la personne qu’elle DOIT se rendre disponible pour toi pendant plusieurs heures, et que sinon elle reste auprès de toi le temps que tu trouves quelqu’un d’autre pour t’aider.

Une fois que tu es posée au calme avec un verre d’eau, si tu peux, parle ou écris. La mise en mots aussi précoce que possible va prévenir ou limiter le syndrome de stress post-traumatique, donc rendre l’ « après » beaucoup moins moche. Raconte, pleure, fais-toi câliner si tu en as envie.

Exprime aussi clairement que possible tous tes besoins : je veux que telle personne reste avec moi, que telle autre sorte de la pièce. Je ne veux pas que tu me touches, tais-toi pour le moment, éteins la musique. Ton stress me gêne, tu dois te calmer pour m’aider. Je veux une couverture, du thé, je veux manger, je veux me recoiffer. Je ne veux pas que tu préviennes X. Je veux que tu prévoies plus de mouchoirs. Prends le temps qu’il faudra pour cette étape. Si ça suppose une nuit de sommeil, le reste attendra. Enfin, sauf la pilule du lendemain*.

temps de réflexion

Quand tu t’en sens capable, organise tes démarches avec tes alliéEs. Certes, il sera très utile de faire des prélèvements rapidement. Autant que possible, ne te lave pas et ne change pas de vêtements avant ces examens. Tu voudras peut-être faire des prélèvements sur le moment et décider plus tard de porter plainte ou pas.

Il se trouve que la médecine légale* (donc les examens les plus précis et/ou qui seront le mieux reconnus comme preuves) n’est accessible que lorsqu’on a déjà déposé une plainte*. Mais tu peux très bien faire des examens auprès d’un médecin ou d’un laboratoire, ce sera tout de même une preuve, et surtout ça te permettra d’éviter le commissariat. En effet tu pourras prendre le temps d’adresser ta plainte directement au procureur de la république (essaie de passer par une asso féministe et/ou d’aide aux victimes, ça aura plus de poids).

Si tu veux t’adresser à la médecine légale, tu devras faire face à un certain nombre de toubibs et de flics. C’est une décision qui t’appartiens, tu as le droit d’avoir à ce point envie de justice*, de vengeance* ou de reconnaissance de ce que tu as vécu. Où que tu choisisses d’aller, il faut te protéger contre d’éventuelles violences.

préparatifs

Appelle l’endroit où tu comptes aller pour t’assurer que tu y trouveras ce que tu veux, ça t’épargnera peut-être un déplacement inutile. Rédige une déposition à l’avance, la faire là-bas serait pénible et elle pourrait être déformée par les flics. Prévois des vêtements de rechange et équipe-toi pour plusieurs heures : eau, nourriture, clopes, téléphone chargé, nécessaire de toilette, tes médicaments si tu as un traitement, tes papiers d’identité et de sécu si tu en as.

Libère-toi d’éventuelles obligations, par exemple fais appeler la nounou pour lui dire que tu as subi une agression (ou que tu as eu « un accident », ou « un gros problème, elle vous expliquera ») et qu’elle doit garder les enfants chez elle jusqu’à demain. Essaie d’avoir unE conducteurice pour t’emmener ET te ramener. Tu peux aussi décider de te payer le taxi, ou qu’une ambulance vienne te chercher (mais elle ne te ramènera pas).

face aux flics et aux médecins

Fais-toi accompagner par une ou deux personnes. Exige leur présence à tout moment. Si à un moment on te dit que ce n’est pas possible, demande qu’on t’explique d’abord dans quelle pièce tu seras, combien de temps, avec qui, pour faire quoi, et dis que tes amiEs doivent être juste à côté au cas où tu aies besoin de leur présence.

Bien sûr, on va te faire sentir que tu es vraiment chiante et essayer de grignoter sur tes conditions. Tes allié’s devront te seconder avec fermeté pour que ton consentement soit recueilli à chaque étape et que tu obtiennes toutes les informations que tu veux. Iels collecteront aussi un double de chaque document et noteront toutes les informations utiles.

Pendant tout le temps que ça dure, surveille ton état. Si tu es fatiguée, si tu as faim, et surtout si tu as besoin d’une pause pour faire face à tes émotions, dis-le. Le temps des flics et des toubibs n’est pas aussi précieux que ton bien-être, personne ne doit t’empêcher de prendre soin de toi. Garde à l’esprit que tout laisser en plan et rentrer te reposer reste toujours une option.

après

Quand c’est fini, tiens un nouveau conseil de guerre avec tes alliéEs et décide ce que tu veux faire : où tu vas, avec qui, de quoi tu as besoin. Décide aussi ce que tu veux dire à propos de ce viol, à qui, et ce que tu ne veux pas qui soit raconté. Réfléchis au type d’accompagnement personnel que tu souhaites : groupe de soutien, psy, visites quotidiennes d’alliéEs ? Organise aussi ton accompagnement dans les procédures à venir : relancer les flics (qui sinon aiment bien classer sans suite), rassembler toutes sortes de documents, accompagnement lors des démarches, etc.

Après tout ça, repose-toi beaucoup. Annule plein d’obligations, réclame de l’aide pour n’importe quoi, le temps de retrouver le moral et de l’énergie, sans précipiter les choses. Donne-toi le droit d’être joyeuse ou triste selon les moments, il n’y a pas d’humeur « de circonstance ». Et prévois énormément de patience et de rigueur pour les mois voire les années à venir. Tu as fait ce choix, donc c’est un bon choix, et il vaut la peine d’être mené à bien.

Soit un ensemble et un point

Publié: 1 octobre 2014 par jmenti dans politique & société
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Soit un ensemble non nommable ou définissable qui pourtant seras se reconnaitre.
Soit un point aux coordonné multiple et appellation nombreuse.

Le point bien que mentalement impliqué ignorais beaucoup de la physique des trajectoires.
La réalité étant tenace pour que le point existe dans l’espace il lui faut quotidiennement trois chose.
Soit x l’obligation de manger, soit y celle de laver et z celle de dormir.Des loi métaphysique on souvent enfermer le point sur un plan voir une droite et quand bien même il arrivait à être c’était exclus de toute figure harmonieuse pour cause la couleur ou l’étiquette.

Pourtant et parce que les  métamathématique ne sont pas si hermétique l’ensemble sut à plusieurs reprise accorder au point un espace dans lequel le point put se réaliser.
Cela ne semble pas être un fait remarquable a noter dans les archives académique.
Néanmoins il faut se souvenir, l’ensemble offris au point un espace bien différent aux espaces étatique.
Car en plus d’accorder un x,y,et z il permis au point d’apercevoir comment construire des figures.
J’entends par là l’art de tirer les ficelles afin d’agrandir les possible de l’espace.
Avec ces divers passage dans l’ensemble, les changement de figure, toucher par l’art de la ficelle le point eu envie de réaliser ailleurs de belle figure.

Cela fait, moi le point souhaite remercier cette ensemble sans nom pour l’espace ou, j’ai exister, j’existais, javais existé, j’existe j’existerais ; Et pour les multiple outils de construction passé présent future imparfaits ou plus que parfait qui soit.

Combien d’image pour cette exercice ?
Vertigineuse problématique.

A retenir => Merci