Archives de mars, 2015

Bondage Show

Publié: 15 mars 2015 par L'épicène dans pestacle
Tags:, , ,

affiche

(pour l'accessibilité) Le Projet Miaou présente : Bondage Show ; dimanche 29 mars, 20h, à la Spam (17 rue de l'école) ; Yog, Léon, Spangle Durac, Chacha la Farouche ; Entrée libre, buffet ; Photo : Amaury Grisel ; Description : photographie d'une suspension. Cordes rouges, modèle la tête en bas, bras en arrière comme si iel volait, un pied tendu vers le plafond.
Publicités

Il faut s’accrocher pour lire l’effarante histoire de Danielle, violée à l’âge de 11 ans et, hélas, prise en charge par la police étatsunienne. Malgré le constat médical d’un viol, la police n’a pas pris l’affaire au sérieux. Pourtant, cela aurait peut-être évité qu’un mois plus tard les agresseurs n’enlèvent une seconde fois leur victime, presque devant chez elle, pour la violer de nouveau.

Le soir de ce deuxième viol, la police s’est carrément permis de piéger la fillette : une flic lui a menti sciemment pour voir si elle allait se contredire, lui disant que l’agresseur qu’elle avait identifié avait un alibi et lui demandant de donner une version qui soit cohérente avec ce mensonge. Ensuite, sachant que des viols avaient été commis sur une enfant de onze ans, la police a classé l’affaire au prétexte qu’elle avait fait de fausses déclarations.

Comble du sordide, la gamine a ensuite été poursuivie et condamnée, oui oui sérieusement, condamnée pour faux témoignage à cause des élucubrations qui lui ont été soutirées à partir d’un mensonge, à 5 heures du matin, la nuit après ce deuxième viol, alors qu’elle n’avait pas dormi, n’avait même pas pu changer de vêtements, et que son interrogatoire s’est terminé quand elle n’a plus été en état de parler intelligiblement.

L’article du Washington Post (en anglais) : http://www.washingtonpost.com/lifestyle/magazine/a-seven-year-search-for-justice/2015/03/12/b1cccb30-abe9-11e4-abe8-e1ef60ca26de_story.html

Bienvenue dans le monde réel. Prenez une pause, respirez. C’est les états-unis hein, on sait bien qu’ils sont fous là-bas. Heureusement nous on est en france.

*

Moi par exemple j’ai eu de la chance, finalement. Quand j’ai été confronté’ à la police après un viol, j’ai juste eu droit à…

– faire une déposition seul’ dans un bureau avec un flic mâle

– la requalification arbitraire du viol en agression sexuelle

– des prélèvements de un peu tout ; la médecin légiste était déçue que je n’aie pas de sperme dans le vagin

– la confiscation de tous mes vêtements ; on m’a juste donné une blouse jetable pour me couvrir, soit un mètre carré de papier à moitié transparent

– un autre entretien en tête-à-tête, nu’ sous cette blouse, avec un psychiatre flic mâle* qui a profité de mon état second pour me faire dire qu’au fond de moi, j’avais en quelque sorte eu le désir d’être violé’*. Histoire d’être sûr que j’allais bien me sentir coupable de « mon » viol.

Les suites ? Le mec était clairement identifié, il y avait quelques preuves dont des traces de lutte dans son appartement, mais bon soyons sérieux, quand t’es une pute c’est pas vraiment du viol*. J’ai pas eu de nouvelles. Mais alors ça servait à quoi de me faire subir toutes ces épreuves supplémentaires ? Sans me proposer la moindre aide, hein, le psy c’était pour l’enquête. Sans doute juste pour dire qu’ils ont fait leur boulot, qu’ils ont suivi la procédure, et puis ça m’apprendra à les déranger pour un oui ou pour un non.

Mais surtout, youpi, après tout ça j’ai pas eu de procès au cul. Chance, j’avais pas onze ans moi, je connaissais un peu mes droits, et j’étais choqué’ mais je comprenais quand même à moitié ce qui se passait. Je suis blanc’, ça aide aussi. Et sans doute que les flics devaient être d’humeur arrangeante, il faisait beau ce jour-là.

Je précise que je n’ai pas choisi de porter plainte. Le motard qui m’a… hum, sauvé’ ? Le motard vers lequel j’ai couru en criant au secours m’a véhiculé’ direct au comico sans me demander mon avis. Les flics ont vaguement dû me poser la question, mais j’étais pas en état de savoir ce que je voulais faire et eux, si. C’était évident que j’allais déposer une plainte, n’est-ce pas ? C’était évident que je n’avais rien de plus bénéfique à faire après un viol que de passer huit heures seul’ en leur aimable compagnie. Ils ont appliqué la procédure sans se demander si j’avais besoin de quelque chose, ou peut-être qu’ils m’ont donné un verre d’eau, je ne me souviens pas.

*

Alors je ne dis pas qu’il ne faut pas porter plainte. Ce serait bien qu’un jour les viols soient vraiment condamnés*. Je dis juste que ne pas porter plainte est un droit, et un choix plein de bon sens. Je dis qu’il faut faire gaffe, qu’il faut sérieusement se poser la question avant de mettre les pieds dans un commissariat et ne surtout pas y aller seule.

Petit guide de survie pour porter plainte après un viol

Mettons, sœur de misère, que tu souhaites vraiment porter plainte et que tu en trouves le courage. Voici quelques conseils. Ils sont bien sûr subjectifs, et doivent être adaptés selon ton ressenti et la situation.

juste après le viol

D’abord, trouve protection et soutien. Appelle qui tu peux, réclame la présence immédiate de proches qui pourront te soutenir. Au pire, réclame l’aide de n’importe qui d’autre qu’un flic : tu peux aller chez un médecin, mais aussi dans une pharmacie, demander assistance à unE passantE, unE commerçantE, ou même sonner chez quelqu’un. Si tu la sens bien au vu de sa première réaction, explique à la personne qu’elle DOIT se rendre disponible pour toi pendant plusieurs heures, et que sinon elle reste auprès de toi le temps que tu trouves quelqu’un d’autre pour t’aider.

Une fois que tu es posée au calme avec un verre d’eau, si tu peux, parle ou écris. La mise en mots aussi précoce que possible va prévenir ou limiter le syndrome de stress post-traumatique, donc rendre l’ « après » beaucoup moins moche. Raconte, pleure, fais-toi câliner si tu en as envie.

Exprime aussi clairement que possible tous tes besoins : je veux que telle personne reste avec moi, que telle autre sorte de la pièce. Je ne veux pas que tu me touches, tais-toi pour le moment, éteins la musique. Ton stress me gêne, tu dois te calmer pour m’aider. Je veux une couverture, du thé, je veux manger, je veux me recoiffer. Je ne veux pas que tu préviennes X. Je veux que tu prévoies plus de mouchoirs. Prends le temps qu’il faudra pour cette étape. Si ça suppose une nuit de sommeil, le reste attendra. Enfin, sauf la pilule du lendemain*.

temps de réflexion

Quand tu t’en sens capable, organise tes démarches avec tes alliéEs. Certes, il sera très utile de faire des prélèvements rapidement. Autant que possible, ne te lave pas et ne change pas de vêtements avant ces examens. Tu voudras peut-être faire des prélèvements sur le moment et décider plus tard de porter plainte ou pas.

Il se trouve que la médecine légale* (donc les examens les plus précis et/ou qui seront le mieux reconnus comme preuves) n’est accessible que lorsqu’on a déjà déposé une plainte*. Mais tu peux très bien faire des examens auprès d’un médecin ou d’un laboratoire, ce sera tout de même une preuve, et surtout ça te permettra d’éviter le commissariat. En effet tu pourras prendre le temps d’adresser ta plainte directement au procureur de la république (essaie de passer par une asso féministe et/ou d’aide aux victimes, ça aura plus de poids).

Si tu veux t’adresser à la médecine légale, tu devras faire face à un certain nombre de toubibs et de flics. C’est une décision qui t’appartiens, tu as le droit d’avoir à ce point envie de justice*, de vengeance* ou de reconnaissance de ce que tu as vécu. Où que tu choisisses d’aller, il faut te protéger contre d’éventuelles violences.

préparatifs

Appelle l’endroit où tu comptes aller pour t’assurer que tu y trouveras ce que tu veux, ça t’épargnera peut-être un déplacement inutile. Rédige une déposition à l’avance, la faire là-bas serait pénible et elle pourrait être déformée par les flics. Prévois des vêtements de rechange et équipe-toi pour plusieurs heures : eau, nourriture, clopes, téléphone chargé, nécessaire de toilette, tes médicaments si tu as un traitement, tes papiers d’identité et de sécu si tu en as.

Libère-toi d’éventuelles obligations, par exemple fais appeler la nounou pour lui dire que tu as subi une agression (ou que tu as eu « un accident », ou « un gros problème, elle vous expliquera ») et qu’elle doit garder les enfants chez elle jusqu’à demain. Essaie d’avoir unE conducteurice pour t’emmener ET te ramener. Tu peux aussi décider de te payer le taxi, ou qu’une ambulance vienne te chercher (mais elle ne te ramènera pas).

face aux flics et aux médecins

Fais-toi accompagner par une ou deux personnes. Exige leur présence à tout moment. Si à un moment on te dit que ce n’est pas possible, demande qu’on t’explique d’abord dans quelle pièce tu seras, combien de temps, avec qui, pour faire quoi, et dis que tes amiEs doivent être juste à côté au cas où tu aies besoin de leur présence.

Bien sûr, on va te faire sentir que tu es vraiment chiante et essayer de grignoter sur tes conditions. Tes allié’s devront te seconder avec fermeté pour que ton consentement soit recueilli à chaque étape et que tu obtiennes toutes les informations que tu veux. Iels collecteront aussi un double de chaque document et noteront toutes les informations utiles.

Pendant tout le temps que ça dure, surveille ton état. Si tu es fatiguée, si tu as faim, et surtout si tu as besoin d’une pause pour faire face à tes émotions, dis-le. Le temps des flics et des toubibs n’est pas aussi précieux que ton bien-être, personne ne doit t’empêcher de prendre soin de toi. Garde à l’esprit que tout laisser en plan et rentrer te reposer reste toujours une option.

après

Quand c’est fini, tiens un nouveau conseil de guerre avec tes alliéEs et décide ce que tu veux faire : où tu vas, avec qui, de quoi tu as besoin. Décide aussi ce que tu veux dire à propos de ce viol, à qui, et ce que tu ne veux pas qui soit raconté. Réfléchis au type d’accompagnement personnel que tu souhaites : groupe de soutien, psy, visites quotidiennes d’alliéEs ? Organise aussi ton accompagnement dans les procédures à venir : relancer les flics (qui sinon aiment bien classer sans suite), rassembler toutes sortes de documents, accompagnement lors des démarches, etc.

Après tout ça, repose-toi beaucoup. Annule plein d’obligations, réclame de l’aide pour n’importe quoi, le temps de retrouver le moral et de l’énergie, sans précipiter les choses. Donne-toi le droit d’être joyeuse ou triste selon les moments, il n’y a pas d’humeur « de circonstance ». Et prévois énormément de patience et de rigueur pour les mois voire les années à venir. Tu as fait ce choix, donc c’est un bon choix, et il vaut la peine d’être mené à bien.

Encore un billet repiqué sur mon ancien blog, je vous avais prévenu de ma flemme sans limites. Il date un peu, j’y parle en tant que femme ; à vrai dire, face au sexisme, être pas-un-homme peut aussi bien s’appeler comme ça.

Je veux parler de mes fantasmes, non pour ajouter à ce blog une touche croustillante, mais parce que je suis toujours surpris’ d’y retrouver toute l’étendue des violences sexistes qui existent dans la réalité. Moi qui lutte pour que les femmes obtiennent respect et conditions de vie épanouissantes, je reproduis et cultive à plaisir en mon for intérieur les violences et les injustices que je dénonce. Quelle est cette étrange contradiction ?

Sans entrer dans les détails (j’espère ne pas causer de trop cruelles déceptions) ma branlothèque personnelle semble de prime abord tout droit tirée de Sade ou de Réage. Mais une différence me paraît cruciale : chez eux, cette violence est assortie d’un discours justificateur. Rien de tel dans mes fantasmes ; la brutale dissymétrie entre mon personnage (et éventuellement d’autres femmes) et les hommes y est un donné qui non seulement n’est pas justifié mais ne saurait l’être.

Bien au contraire, l’arbitraire de la situation est dans chaque scénario un élément central, mis en valeur par la conscience exacerbée qu’en ont tous les protagonistes. En ceci mon univers diffère également de la réalité, où la plupart des violences sexistes font l’objet d’un déni global, tant de la part de leurs témoins que de leurs auteurs, et souvent de leurs victimes mêmes. À lui seul, cet arbitraire explicite fait de la violence dans mes fantasmes quelque chose de très différent des violences invisibles, légitimées ou banalisées que subissent les femmes.

Mais au fait, d’où viennent-ils, ces fantasmes ? Libido, je désire. Que désiré-je en tant que femme, qui s’apparenterait à de telles violences ? Que ce soit bien clair : rien que je veuille en réalité ; le désir n’est pas l’expression d’une volonté, il émane directement de notre expérience émotionnelle. Quelle expérience émotionnelle peut faire qu’une femme désire le genre de violences qu’elle va probablement subir dans la société ? Tout simplement son éducation de dominée, qui sert notamment à lui façonner une libido de dominée.

On nous fait désirer être ce que j’appelle la princesse, c’est à dire un objet docile livré au bon plaisir des hommes. Bien sûr, ce n’est pas ainsi que nous est présenté notre condition(nement), mais sous une forme édulcorée et assortie d’arguments variés. C’est pourtant de là, selon moi, que naissent tant mon goût pour la soumission jouée du BDSM ou celle, imaginaire, de mes fantasmes, que les dispositions grâce auxquelles une soumission bien réelle est obtenue des femmes dans la plupart des circonstances de leur vie.


%d blogueurs aiment cette page :