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Boby Lapointe est certes l’auteur de merveilleuses chansons comme Sentimental bourreau et c’est pas peu. Jugez donc, et tranchez.

*

Mais en plus des chansons, il nous a légué le Bibi. Wikipédia ne peut qu’humblement nous apporter quelque lumière :
Quand on compte en base 2, c’est du binaire.
Quand on compte en base 4, décide Boby, c’est donc du bi-binaire.
En base 16, on obtient donc du Bibi-binaire mais on dira juste Bibi, c’est plus gentil.
Le Bibi, c’est moi.
… aurait dit moins modeste que lui (au hasard : Louis XIV, Flaubert, Moi).

*

Le Bibi permet de prononcer les nombres, grâce à un alphabet de seize syllabes : HO, HA, HE, HI, BO, BA, BE, BI, KO, KA, KE, KI, DO, DA, DE, DI. Chaque syllabe correspond à un chiffre en base 16 (HO = 0, HA = 1, … DI = 15). Leurs combinaisons forment des mots qui correspondent à des nombres (si c’est un gros nombre, ce sera un gros mot). Par exemple 595 = 512 + 80 + 3 = 2x16² + 5x16 + 3 se prononce HEBAHI. N’est-ce pas ?

Avec Bibi, on peut aussi dessiner les nombres. Cette fois l’alphabet sera  :
Bibi-binaire
 Les jolis dessins touchent les coins où il y a des 1 et snobent les 0, ce qui rend Attila paradoxal (Ben oui, Attila c’est un héros hun).
Voilà ce que c’est que le Bibi.
Merci, Boby.
 *
 Boby
 *
Sentimental bourreau
Il était une fois
Un tout petit bourreau
Pas plus grand que trois noix
Et pas beaucoup plus gros.
Des hautes et basses Œuvres
Était exécuteur
Et pour les basses Œuvres
Était à la hauteur.
N’avait jamais de trêve
Et jamais de repos
Car en place de grève
Il faisait son boulot.
 *
Pourtant couper des têtes
Disait-il, ça m’embête.
C’est un truc idiot
Ça salit mon billot.
Pour nourrir ma vieille mère
Je saigne Paul ou Pierre
D’un geste un peu brutal
Mais sans penser à mal.
Sentimental bourreau
Aïe aïe aïe… aïe aïe aïe…
 *
Un soir de sa fenêtre
La femme du fossoyeur
Héla l’homme de têtes
Et lui ouvrit son cœur.
Depuis longtemps sevrée
De transports amoureux
À vous veux me livrer
Ô bourreau vigoureux !
Je vous lance une corde
Du haut de mon balcon
Grimpez-y, c’est un ordre
Allons, exécution !
 *
Pourtant couper des têtes
Disait-il, ça m’embête.
C’est un truc idiot
Ça salit mon billot.
Pour nourrir ma vieille mère
Je saigne Paul ou Pierre
D’un geste un peu brutal
Mais sans penser à mal.
Sentimental bourreau
Aïe aïe aïe… aïe aïe aïe…
*
À partager sa couche
La belle l’invita.
En quelques coups de hache
Il la lui débita.
L’époux au bruit du bris
Survint un peu inquiet.
Il partagea l’mari
Pour garder sa moitié.
Comme la dame inquiète
Suggérait « Taillons-nous »,
Il lui coupa la tête
Et se trancha le cou.
*
Pourtant couper des têtes
Disait-il, ça m’embête.
C’est un truc idiot
Ça salit mon billot.
Pour nourrir ma vieille mère
Je saigne Paul ou Pierre
D’un geste un peu brutal
Mais sans penser à mal.
Sentimental bourreau
Aïe aïe aïe… aïe aïe aïe…
Envoi
Prince prenez grand soin
De la doulce Isabeau
Qu’elle n’ait oncques besoin
D’un petit bourreau beau.

Écrire pour…

Publié: 10 mai 2014 par L'épicène dans la diagonale de Cantor, nos textes
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Texte écrit en hommage à Alain Buffard, sur une suggestion d’Aurore Després, lors de la session 2014#3 du D.U. Art, Danse, Performance.

Écrire pour les muets que sont les morts. Écrire pour les morts qui dansent dans nos vies. C’est ma thématique.

Soit μ l’ensemble des muets, des morts. Soit le corps ν. Et ν, c’est nous, les muets les émus, et le corps μ des morts et les mots pour les morts.
L’ensemble MU des morts est inclus dans l’ensemble NU des vivants. Plus d’ailes et d’aimants que jamais vu avant. Nous. Les cris vont là. Les morts vont là, dans la vie, d’où : μ est inclus dans ν. Les vivants rejoignent les morts, las des mots.

Parlons de danse. Parlons de densité. C’est ma thématique.
Soit A une partie d’un ensemble ordonné B. A est dit dense dans B si quels que soient deux éléments b, b’ de B, entre eux il existe a appartenant à A. C’est le K pour cul et air.
ℚ l’ensemble des rationnels est dense dans ℝ celui des réels. Entre deux réels il existe toujours un rationnel. ℚ est dense dans ℝ. C’est un mystère.
Le mystère qui est là est qu’on a un corps par plage, et autant de corps que de grains de sable. Les corps des morts, corps vidés, dansent dans l’air.
Le cul erre.
Les morts s’en mêlent.
L’air se morcelle.
Et μ le monde des morts nus, MU est danse dans NU.

Quand j’étais petit’, ça m’intriguait qu’il y ait autant de nombres qu’on veut. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, … 1206, 1207, 1208, 1209, 1210, 1211, …  40 205 967 554, 40 205 967 555, 40 205 967 556,… et ça continue. C’est fou, non ? Alors j’avais commencé à les compter ; oui, j’étais déjà bizarre à l’époque. Bien sûr je n’ai jamais fini, vous savez très bien pourquoi. Moi aussi je le savais, que je ne pourrais pas tous les compter. C’était juste pour voir. Et j’ai vu !

carnac_0

Tous ces nombres sagement rangés l’un après l’autre, à perte de vue. Chacun d’entre eux facile d’accès, simple et sans mystère, qui vous indique volontiers le suivant, tout près. Mais quand vous lui montrez l’horizon, il met un doigt sur sa bouche avec un sourire entendu… Les alignements de Carnac, à côté, c’est de la petite bière.

On peut compter plein de choses : des radis, des sous, des kilomètres, des cailloux, des amants, des octets, des planètes… On peut aussi compter des nombres (dans le premier paragraphe, j’en ai écrit 17). Mais compter tous les nombres ? Eh bien, il y en a une infinité, alors on ne peut pas dire « il y en a tant » ; ça ne marcherait pas puisque « tant » serait un nombre : il y en aurait « tant » jusqu’à celui-là, plus encore d’autres après…

Par contre on peut les numéroter. On peut mettre un numéro à chaque nombre, dans l’ordre qu’on veut ; l’ordre le plus logique étant : 1 en premier, 2 en deuxième, 3 en troisième, etc. On peut aller aussi loin qu’on veut, il aura toujours assez de numéros. On peut numéroter comme ça tous les nombres entiers positifs1.

Ok, ça a l’air assez évident, vu que ces numéros sont basés sur les nombres qu’on numérote. Mais déjà, rien que le fait de pouvoir écrire « etc » et que ça fasse marcher le truc plus loin qu’on ne pourra jamais compter, jusqu’à l’infini, c’est assez épatant. Et c’est pas tout !

On peut aussi numéroter tous les nombres entiers, positifs et négatifs. Oui oui, juste avec des numéros qui eux sont tous positifs. Comme ça : 0 en premier, 1 en deuxième, -1 en troisième, 2 en quatrième, -2 en cinquième, 3 en sixième, -3 en septième, 4 en huitième, etc. Deux suites infinies de nombres peuvent tenir dans une seule ! Comme le Tardis, ce vaisseau spatial dont l’intérieur est beaucoup plus grand que l’extérieur.

Et c’est pas tout ! Oh non, c’est pas tout.

[spoil] La prochaine fois, je vous raconterai comment on peut numéroter toutes les fractions, c’est à dire coudre ensemble l’infini et l’infini au carré… et pourquoi on ne peut pas faire ça aussi avec tous les nombres à virgule. [/spoil]

Voilà, c’est aussi ça les maths. J’espère que ça vous a intéressé un peu plus que vous ne vous y attendiez.

le Tardis

1. Bon, juste pour l’exactitude : on peut faire que pour chaque nombre, un numéro soit prévu d’avance si quelqu’un veut le savoir. Comme un juke-box infini peut jouer n’importe quel disque… si quelqu’un choisit ce disque.