Archives de avril, 2014

Glauquitude Ordinaire

Publié: 22 avril 2014 par tristessecontemporaine dans cris
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Ça y est, je vais mériter mon pseudo.

Voici des morceaux de conversations entendues à l’occasion d’un mariage (+ des anecdotes).
Classés par thème, pour plus de fun consterné.

J’accepte les condoléances, les « Tu en fais un peu trop » mais pas les « Tu verras, pour toi aussi ce sera le plus beau jour de ta vie. »

Miss Havisham's Rotten Wedding Cake from the novel "Great Expectations"

Miss Havisham’s Rotten Wedding Cake from the novel « Great Expectations »

GENRE

Les fleurs en dentelle à épingler sur chaque invité. Une variété de fleur pour les hommes. Une variété pour les femmes.

La maman qui dit que gérer les courses, le ménage et les enfants ça se fait tout seul, sans effort, parce qu’avoir des enfants c’est merveilleux. La même qui dit qu’aucune femme ne pourrait refuser le privilège de porter un enfant. La même qui dit qu’elle ne regrette pas d’avoir pris un mari, même si plus jeune elle s’était dit avec une copine qu’elles n’en auraient pas, qu’elles prendraient des géniteurs et élèveraient leurs enfants toutes seules. « Mais parfois, les choses se font toutes seules. » Bon, elle ne regrette pas parce qu’elle aime ses enfants (sous-entendu, même si son mari est dur à supporter).

Les femmes en cuisine, pendant le repas du lendemain. Elles parlent des types de casserole qu’elles ont.

La maîtresse de maison qui trouve que la belle famille n’aide pas et que c’est abusé. Avec raison.

C’était bien ce mariage. La mariée était belle. (La remarque qui revient toujours)

ENFANTS ROIS/PRINCESSES

Je suis aux toilettes depuis peu. Quelqu’un essaye d’ouvrir la porte. Quelques instants plus tard, ille recommence, en insistant. Stressant. En sortant, je vois un homme mécontent qui donne la main à son fils. D’où le diction : « Quand ton fils a envie d’aller aux toilettes, rien ne doit se mettre en travers de votre chemin. »

Des petites filles qui ont pour jouet du faux maquillage : phare à paupière de plastique, flacon de vernis vide. Roses.

« C’est une vraie princesse. Attendez de voir ce qu’elle exigera pour son mariage à elle. »

« Elle ne mange que quatre aliments – elle est encore plus compliquée que toi qui est végétalienne, ahah – du pain, du fromage blanc, des frites et des knacky. »
dit le père de la petite fille difficile. Il fait le résigné. Limite, il faudrait le plaindre.

Les prénoms des trois petites filles répétés mille fois. Racontage d’anecdotes *touchantes.
Des instructions répétées mille fois. De toute façon, elles ne seront pas réprimandées, alors pourquoi écouter. Leurs voix aiguës transperçaient l’air et mes tympans.

Après avoir porté des robes de princesses au mariage (tellement parfaites pour tenir la traîne de la mariée), les petites ont essayé des déguisements. Les parents les mitraillaient avec leurs appareils photos.

ÂGISME

Une mamie de 87 ans a du mal à ouvrir une bouteille.
Sa belle-fille, s’adressant à la personne assise à coté de la mamie : « Vous pouvez ?… Merci. Parce que sinon, elle y aurait passé la nuit ». Son ton était sec. Elle parlait comme si la mamie ne comprenait pas ce qu’elle disait, comme si elle était sénile, alors que ce n’était pas le cas.

VEGETA*ISME

La maman qui a une fille qui vient de devenir végétarienne et qui s’inquiète de ce qu’elle va pouvoir lui faire à manger. Bon, elle convient qu’elle est quand même en bonne santé.

Le personnel du restaurant qui a fait l’amalgame entre manger végétalien et manger sans graisse. (Apportez-moi de l’huile pour aller avec mes légumes 0 %, merci.)

Au restau, le steak de soja de grande surface.

DIVERS

Avant de quitter le restaurant, l’oncle profiteur (mais aussi bling-bling) qui ramasse tous les œufs en chocolat ayant été disposés sur les tables avec le café.

« L’Ukraine l’a bien cherché, ce conflit avec la Russie. On n’a pas à se mêler de ça. »

Le jeune père qui regarde toutes les jeunes femmes avec convoitise. C’est que sa femme est devenue ronde après trois grossesses.

« Mon lave vaisselle je l’aime, je ne pourrais plus m’en passer »

« – Mon fils travaille dans une grande banque. Mais il en a marre de son boulot. Il est sous pression. Il brasse des millions.
– Mais si ce n’est pas lui qui le fait, ce boulot douteux, ce sera quelqu’un d’autre. Et puis quel autre travail pourrait-il trouver ? Les temps sont durs. Même si bon, c’est dommage d’être mal dans sa peau. »
+ Plus d’infos sur la situation de cette personne. On lui en fait baver au boulot. Si il démissionne, il est grillé dans tout le secteur. Il a acheté une maison super chère, il a deux filles, sa femme est de la haute et compte bien en rester.

*berçant un bébé* « Oh ça veut dire quoi quand il fait cette tête là ? (…) Je crois qu’il m’a fait caca dans la main. » *l’a senti à travers la couche* *mère elle-même, elle semble profondément intéressée par tout ce qui a trait aux bébés*

Une serveuse de restaurant mignonne mais asociale.

« La poussière il faut la faire toutes les semaines. »

« Ça ne te donne pas envie de te marier, une si jolie robe ? »
« Tu verras un jour, ça viendra. »

Restaurant. Tant de restes de nourriture gâchés.

Les couples mariés qui se pourrissent en public. « Sans arrêt, il oublie des choses. Irrécupérable. »

Échanges sur des résultats de foot. Sur des marques de voiture. À noter, ça intéressait aussi des femmes.

Des gens « pour » et des gens « contre » l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Pareil pour le nucléaire.

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Les pompiers sont sexy

Publié: 12 avril 2014 par L'épicène dans pas mémorable, vidéo
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Y a-t-il quelqu’un ici que je n’ai pas encore bassiné avec cette vidéo ? Drôle, coquine, improbable… mon cœur fait pin-pon ! http://www.youtube.com/watch?v=vhrwDerKahU

D’abord, c’était une simple expérience, inspirée du précieux article de Corinne Monnet : http://infokiosques.net/spip.php?article239. Si les hommes prennent l’espace de parole et contrôlent le cours des conversations sans qu’on n’en sache rien (et eux non plus) qu’en est-il de l’espace physique de la rue et des trajectoires des passants ?

J’ai marché droit devant moi, sans m’écarter pour croiser les passants. C’était beaucoup plus difficile que je ne l’aurais cru ; j’ai failli me casser la gueule en luttant contre mes propres jambes, qui me déviaient spontanément… mais j’ai tenu bon, mes jambes ont fini par m’obéir à peu près et j’ai pu constater que la réalité était pire que mes pires soupçons.

Les petits accrochages, évitements à la dernière minute où on se frôle et où on se gêne un peu, concernaient beaucoup plus d’hommes que de femmes. Les coups d’épaules échangés avec des passants plus réticents se sont produits systématiquement avec des hommes, très souvent blancs et dans la cinquantaine. Les trois occurrences de bloquage face à face ont eu lieu avec trois hommes blancs autour de la cinquantaine.

Mais les femmes, alors ? Quand j’ai vu ce qu’elles faisaient, je me suis dit, quelle andouille, j’aurais pu m’en douter puisque moi qui ai été socialisé’ comme une femme, je fais toujours ainsi. Les femmes s’écartent, mais sans se faire remarquer : elles tiennent compte des passants qu’elles vont croiser et modifient leur trajectoire cinq bons mètres à l’avance ! Souvent peu, mais continuellement.

Ainsi, personne ne s’avise que s’écarter n’est pas l’habitude de tout le monde ou d’une seule, mais celle de toutes les femmes. Chaque femme y voit les bases de la politesse, et non l’anticipation d’un accrochage. Les hommes, a priori, ne voient rien du tout : ils marchent, tout simplement.

En fouillant dans ma mémoire, je retrouve des souvenirs de cet apprentissage : d’abord des accrochages, puis la prise de conscience du problème (mais hélas pas du genre du problème) ensuite un changement volontaire de mes habitudes, pour en arriver aujourd’hui à une attitude spontanée, d’apparence naturelle, et bien difficile à combattre.

En fouillant encore, je trouve une étape « poussette » : à l’époque, il m’a fallu tenir encore plus compte des passants, car je ne pouvais pas toujours m’écarter et jamais au dernier moment.

Après, c’est le black-out : l’oubli complet de ce parcours d’apprentissage et l’impossibilité de m’apercevoir de quoi que ce soit. Sans le questionnement précis que m’a suggéré une réflexion acharnée sur le sexisme, cette cécité serait restée bien en place !

Maintenant que ce premier constat est fait, je voudrais conduire une expérience rigoureuse et à plus grande échelle, qui ne laisserait plus place aux doutes (les miens y compris). Je pense à une amie qui est anthropologue, mais n’hésitez pas à vous intéresser à ce projet et à en parler autour de vous !

Et bien sûr, je vais continuer à ne pas céder le pas aux hommes. Il ne manquerait plus que ça ! Bon, ça reste difficile : dès que je pense à autre chose, je recommence à louvoyer. Mais ce qui a été appris peut se désapprendre…