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Glauquitude Ordinaire

Publié: 22 avril 2014 par tristessecontemporaine dans cris
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Ça y est, je vais mériter mon pseudo.

Voici des morceaux de conversations entendues à l’occasion d’un mariage (+ des anecdotes).
Classés par thème, pour plus de fun consterné.

J’accepte les condoléances, les « Tu en fais un peu trop » mais pas les « Tu verras, pour toi aussi ce sera le plus beau jour de ta vie. »

Miss Havisham's Rotten Wedding Cake from the novel "Great Expectations"

Miss Havisham’s Rotten Wedding Cake from the novel « Great Expectations »

GENRE

Les fleurs en dentelle à épingler sur chaque invité. Une variété de fleur pour les hommes. Une variété pour les femmes.

La maman qui dit que gérer les courses, le ménage et les enfants ça se fait tout seul, sans effort, parce qu’avoir des enfants c’est merveilleux. La même qui dit qu’aucune femme ne pourrait refuser le privilège de porter un enfant. La même qui dit qu’elle ne regrette pas d’avoir pris un mari, même si plus jeune elle s’était dit avec une copine qu’elles n’en auraient pas, qu’elles prendraient des géniteurs et élèveraient leurs enfants toutes seules. « Mais parfois, les choses se font toutes seules. » Bon, elle ne regrette pas parce qu’elle aime ses enfants (sous-entendu, même si son mari est dur à supporter).

Les femmes en cuisine, pendant le repas du lendemain. Elles parlent des types de casserole qu’elles ont.

La maîtresse de maison qui trouve que la belle famille n’aide pas et que c’est abusé. Avec raison.

C’était bien ce mariage. La mariée était belle. (La remarque qui revient toujours)

ENFANTS ROIS/PRINCESSES

Je suis aux toilettes depuis peu. Quelqu’un essaye d’ouvrir la porte. Quelques instants plus tard, ille recommence, en insistant. Stressant. En sortant, je vois un homme mécontent qui donne la main à son fils. D’où le diction : « Quand ton fils a envie d’aller aux toilettes, rien ne doit se mettre en travers de votre chemin. »

Des petites filles qui ont pour jouet du faux maquillage : phare à paupière de plastique, flacon de vernis vide. Roses.

« C’est une vraie princesse. Attendez de voir ce qu’elle exigera pour son mariage à elle. »

« Elle ne mange que quatre aliments – elle est encore plus compliquée que toi qui est végétalienne, ahah – du pain, du fromage blanc, des frites et des knacky. »
dit le père de la petite fille difficile. Il fait le résigné. Limite, il faudrait le plaindre.

Les prénoms des trois petites filles répétés mille fois. Racontage d’anecdotes *touchantes.
Des instructions répétées mille fois. De toute façon, elles ne seront pas réprimandées, alors pourquoi écouter. Leurs voix aiguës transperçaient l’air et mes tympans.

Après avoir porté des robes de princesses au mariage (tellement parfaites pour tenir la traîne de la mariée), les petites ont essayé des déguisements. Les parents les mitraillaient avec leurs appareils photos.

ÂGISME

Une mamie de 87 ans a du mal à ouvrir une bouteille.
Sa belle-fille, s’adressant à la personne assise à coté de la mamie : « Vous pouvez ?… Merci. Parce que sinon, elle y aurait passé la nuit ». Son ton était sec. Elle parlait comme si la mamie ne comprenait pas ce qu’elle disait, comme si elle était sénile, alors que ce n’était pas le cas.

VEGETA*ISME

La maman qui a une fille qui vient de devenir végétarienne et qui s’inquiète de ce qu’elle va pouvoir lui faire à manger. Bon, elle convient qu’elle est quand même en bonne santé.

Le personnel du restaurant qui a fait l’amalgame entre manger végétalien et manger sans graisse. (Apportez-moi de l’huile pour aller avec mes légumes 0 %, merci.)

Au restau, le steak de soja de grande surface.

DIVERS

Avant de quitter le restaurant, l’oncle profiteur (mais aussi bling-bling) qui ramasse tous les œufs en chocolat ayant été disposés sur les tables avec le café.

« L’Ukraine l’a bien cherché, ce conflit avec la Russie. On n’a pas à se mêler de ça. »

Le jeune père qui regarde toutes les jeunes femmes avec convoitise. C’est que sa femme est devenue ronde après trois grossesses.

« Mon lave vaisselle je l’aime, je ne pourrais plus m’en passer »

« – Mon fils travaille dans une grande banque. Mais il en a marre de son boulot. Il est sous pression. Il brasse des millions.
– Mais si ce n’est pas lui qui le fait, ce boulot douteux, ce sera quelqu’un d’autre. Et puis quel autre travail pourrait-il trouver ? Les temps sont durs. Même si bon, c’est dommage d’être mal dans sa peau. »
+ Plus d’infos sur la situation de cette personne. On lui en fait baver au boulot. Si il démissionne, il est grillé dans tout le secteur. Il a acheté une maison super chère, il a deux filles, sa femme est de la haute et compte bien en rester.

*berçant un bébé* « Oh ça veut dire quoi quand il fait cette tête là ? (…) Je crois qu’il m’a fait caca dans la main. » *l’a senti à travers la couche* *mère elle-même, elle semble profondément intéressée par tout ce qui a trait aux bébés*

Une serveuse de restaurant mignonne mais asociale.

« La poussière il faut la faire toutes les semaines. »

« Ça ne te donne pas envie de te marier, une si jolie robe ? »
« Tu verras un jour, ça viendra. »

Restaurant. Tant de restes de nourriture gâchés.

Les couples mariés qui se pourrissent en public. « Sans arrêt, il oublie des choses. Irrécupérable. »

Échanges sur des résultats de foot. Sur des marques de voiture. À noter, ça intéressait aussi des femmes.

Des gens « pour » et des gens « contre » l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Pareil pour le nucléaire.

Désir, nature et société – L’écologie sociale au quotidien (1999)

(4e de couve)
« En plus de se consacrer à l’écriture et au militantisme, Chaia Heller a enseigné l’écologie sociale et l’écoféminisme à l’Institute for Social Ecology au Vermont pendant de nombreuses années. Elle a reçu un prix de la National Science Foundation pour ses recherches portant sur les aspects politiques de l’application des biotechnologies en agriculture. »

Dans ce livre s’entremêlent critique de l’idée que l’on peut se faire de la « nature », différentes approches de l’écologie, l’histoire de l’écoféminisme, les bases d’un anarchisme social, le rapport désir/envie de savoir, d’agir, de s’associer, d’évoluer, la notion d’éthique sociale, et enfin des clés pour une reconstruction de la société…
Ce qui suit est tiré du dernier chapitre : Chapitre VI : L’opposition illustrative, ou comment passer de l’écologique au révolutionnaire. J’ai essayé de synthétiser au maximum le développement de ces idées que je trouvent intéressantes, dans le but de les rendre plus claires et plus faciles à partager.

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Les mouvements pour le changement social ou écologique se concentrent principalement sur ce qui et nécessaire pour refonder la société. Tandis que, dans l’ancienne gauche, la plupart considéraient l’abolition de l’inégalité matérielle comme la condition essentielle d’une société libre, les féministes radicales des années 1970 ont affirmé que la justice sociale ne pouvait venir que du dépassement du patriarcat. (…)

Dans tous ces mouvements, beaucoup considéraient l’abolition de telle ou telle forme particulière de hiérarchie comme la condition nécessaire à une transformation radicale de la société. Bien souvent, leur raisonnement était le suivant : « Quand nous aurons détruit cette forme de hiérarchie, les autres formes disparaîtront aussi. » On confondait donc le nécessaire avec le suffisant. (…) Mais nécessaire ne veut pas dire suffisant. (…)

Pour aller vers une vision refondatrice, il est nécessaire de comprendre la structure de la société que nous voulons transformer. (…) La société se compose de trois domaines distincts : le social, la politique et l’État.

La sphère sociale comprend la vie personnelle et celle de la communauté. C’est là que nous créons les aspects quotidiens de notre existence d’êtres sociaux. C’est le domaine « des travaux et des jeux », le lieu où nous produisons et distribuons, où nous remplissons nos devoirs envers la collectivité, où se passent les pratiques éducatives, religieuses et toutes sortes d’activités sociales. (…)

À l’opposé, la sphère politique est l’espace où l’on affirme publiquement sa capacité à gérer les affaires de la communauté où l’on vit. C’est l’espace où l’on débat, décide et met en œuvre les mesures qui règlent les pratiques sociales et politique de la communauté. La sphère politique représente un mode d’action spécifique qui la distingue de la sphère sociale. Caractérisé par la responsabilité publique, le domaine politique est le lieu où, en tant que citoyen d’une ville ou d’un village, nous contribuons à la définition des règles de conduite, qui, à leur tour, conditionneront notre vie quotidienne.

Bien évidemment, cette définition du politique et du social n’est que l’esquisse de ce que devraient être ces modèles d’action, et non la réalité de la société actuelle. Ces domaines sont aujourd’hui contrôlés et réduits à leur plus simple expression par l’emprise de l’État. L’État moderne républicain est une institution hiérarchique et centralisée qui envahit et s’approprie des activités que les citoyens devraient gérer eux-même dans la sphère politique. (…) Pour assurer son autorité, l’État agite la menace souvent invisible, bien que permanente et quotidienne, de la violence, sous la forme des forces armées et policières. (…)

Considérant l’État comme une chose normale, puisqu’inévitable, nous nous réfugions dans la sphère sociale pour y trouver à la fois un lieu de survie et de résistance. Pour changer la société, nous ne pouvons pas nous retrancher dans la vie sociale ; nous sommes obligés de nous intéresser aussi aux problèmes politiques. Pourtant, beaucoup de militants du domaine social n’intègrent pas suffisamment, dans leur vision militante, la question de la réorganisation du domaine politique. (…)

Il y a à cela deux explications. Tout d’abord, la sphère politique a été remplacée par ce que Murray Bookchin appelle la « politique professionnelle », un système politique où le pouvoir est remis entre les mains de représentants élus (et politiciens professionnels) qui prennent les décisions d’intérêt publics pour le compte du « corps électoral ». Réduits à l’impuissance par les politiciens professionnels et ne voyant pas de solution de rechange, les militants délaissent souvent les questions politiques pour le domaine social, où, du moins, ils ont l’impression de pouvoir exercer un minimum de contrôle sur leur vie.

En second lieu, ces militants négligent souvent le domaine politique parce que, ayant perdu leur identité politique, ils se voient eux-mêmes avant tout comme des consommateurs. (Exemple : les militants écologistes ont tendance à…) exprimer leur résistance sous forme de militantisme consumériste, en essayant de choisir, de produire ou de boycotter tel ou tel produit pour mettre en accord leurs choix personnels avec leurs valeurs politiques. Le pouvoir politique est ainsi réduit au « pouvoir d’achat », puisque les militants se concentrent sur les méthodes de production et de consommation au lieu d’essayer de redevenir des acteurs politiques pour décider de ce que leur communauté devrait produire, et comment. (…)

Car c’est un fait que le changement social est essentiel. Mais, sans une vraie transformation de la pratique politique, nous ne serons jamais en position de définir réellement les politiques économiques, sociales et écologiques pour lesquelles nous nous battons. Au lieu de cela, nous serons toujours traités comme des enfants incapables décider par eux-même, éternellement obligés de s’en remettre à l’autorité parentale de leur représentants pour « faire ce qu’il faut ». Il peut nous arriver de triompher provisoirement ; comme les petits enfants qui font une colère pour faire fléchir la volonté de leurs parents, nous pouvons supplier nos représentants de nous accorder des logements abordables ou une meilleure politique de l’environnement. Mais la relation de pouvoir reste la même. (…)

L’écologie sociale propose une vision cohérente et réfléchie de la façon dont nous pouvons entreprendre une révolution politique en nous engageant dans la politique locale des communes, premier pas vers un mouvement plus large de confédération de communes en démocratie directe. C’est la théorie du municipalisme libertaire de Murray Bookchin, vision qui offre une lueur d’espoir pour la vraie démocratie dans un monde où l’État a vidé de toute substance la sphère politique.

Cependant, lorsque nous disons qu’il faut se concentrer sur la reconstruction de la société, nous nous trouvons devant un paradoxe. Il est essentiel de reconstruire un domaine politique authentique, mais les crises sociales urgentes n’en continueront pas moins à réclamer notre attention. De toute évidence, nous ne pouvons pas attendre, pour nous intéresser à des problèmes sociaux comme les sans-logis, le racisme environnemental ou la violence contre les femmes, d’avoir réussi à instaurer une confédération de communes autonomes.

L’opposition illustrative nous permet de nous concentrer sur un problème social particulier tout en faisant de ce problème un cas significatif d’une critique plus large et d’une vision reconstructrice. (S’en suit la définition de cette méthode conjuguant analyse et action concrète, ainsi qu’un exemple illustratif)

Nous savons bien qu’une série de protestations individuelles contre les injustices sociales et écologiques ne suffit pas à faire une révolution. Pour cela, il faut que nous formulions non seulement ce que nous refusons, mais aussi ce que nous désirons. La revendication de la liberté positive ou réelle, c’est-à-dire de la substance même de la liberté, est bien différente de la revendication d’une liberté négative qui, si elle est nécessaire, reste incomplète si elle n’est qu’un refus de l’injustice. Nous devons être capable de formuler une vision positive de la société que nous désirons, illustrer par notre action les libertés sociales et politiques auxquelles nous aspirons.

Lettre à une cantatrice

Publié: 9 décembre 2013 par tristessecontemporaine dans Lis.tes.ratures
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L’Art de l’Oisiveté est un recueil de textes écrit par Hermann Hesse ; « Écrits entre 1899 et 1959, les textes réunis ici  parlent de musique, de peinture, de livres, de villes, de paysages, de rencontres. À travers eux, Hesse définit sa position face au monde contemporain et propose un nouveau rapport à l’existence, qu’il nomme «l’art de l’oisiveté». Prônant l’humour, le scepticisme, l’esprit critique, bref, la liberté de l’individu, il touche ici à l’essentiel, ce qui explique pourquoi ces textes sont aujourd’hui encore si actuels. »

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L’extrait suivant est tiré de Lettre à une cantatrice. Il s’adresse effectivement à une cantatrice mais c’est une lettre qui n’est pas destinée à être réellement envoyée. Il y aborde différents thèmes, celui de la musique bien-sûr, mais aussi celui de l’individualisme comme moyen de ne pas céder à la « psychose de masse ».

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La jouissance artistique n’a pour moi rien de commun avec l’ivresse ou le désir de s’instruire. Elle est oxygène, nourriture, et lorsque j’entends une musique qui me répugne, une musique trop doucereuse, trop mielleuse ou trop piquante à mon goût, je la rejette de façon presque instinctive, non comme un critique doué d’une profonde connaissance de l’art. Cela n’exclut pas cependant que cet acte instinctif se révèle bien souvent justifié lorsqu’il est ensuite soumis à l’examen de la raison. Les artistes ne peuvent subsister sans cet instinct, sans cette hygiène de l’âme que chacun pratique à sa manière.

Mais revenons à la musique. Mon éthique artistique est sans doute légèrement teintée de puritanisme ; c’est l’éthique saine d’un homme qui est à la fois un créateur et un individualiste. Elle suppose une sensibilité extrême à toute forme de nourriture spirituelle, mais aussi une crainte non moins exacerbée face à toutes les orgies célébrées par la communauté, essentiellement face à celles où se manifeste l’âme collective, une sorte de psychose de masse. C’est là le point le plus délicat de ma morale. Autour de lui se concentrent en effet tous les conflits qui opposent la personne à la communauté, l’âme individuelle à la masse, l’artiste au public. Moi qui suis désormais vieux, je n’oserais pas réitérer aujourd’hui encore ma profession de foi individualiste si, dans le domaine spécifique de la politique, mes susceptibilités et mes intuitions souvent blâmées par les gens normaux et irréprochables ne s’étaient pas révélées justifiées de façon terrifiantes. J’ai vu bien des fois des salles entières, des nations entières être prises d’une ivresse et d’un délire faisant de la multitude des personnes un peuple uni, une masse homogène ; j’ai vu disparaître alors toute forme d’individualité, j’ai vu des centaines, des milliers, des millions de gens transportés par l’enthousiasme de la communion, de la fusion de toutes les pulsions en une unique pulsion collective, envahis par un désir de dévouement, d’abandon de soi, par un élan héroïque s’exprimant d’abord par des appels, des cris, des scènes de fraternisation pleine d’émotion et de larmes, puis finissant dans la guerre, la folie, et un immense flot de sang. Mon instinct d’homme à la fois individualiste et artiste m’a toujours prévenu de la manière la plus radicale contre cette capacité des êtres à se laisser enivrer par la souffrance collective, la fierté collective, la haine collective, l’honneur collectif.

Hermann Minet

Hesse et un minet

La Vénus à la Fourrure

Publié: 5 décembre 2013 par tristessecontemporaine dans cinéma
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Encore un long résumé d’épopée ? Pas tout à fait… Ce sera succinct (ou presque).

On était toute une tripotée, pour aller voir ce film.

Certain’.e.s l’avaient déjà vu, et avaient beaucoup aimé.

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Je leur ai fait confiance, mais faut dire que sans leurs avis je n’y serais pas aller, parce que :

_ je suis un militante animaliste, alors des gens qui se pavanent en fourrure ça me hérisse le poil. Des infos : http://www.fourrure-torture.com/

_ je ne suis pas cinéphile

_ le peu que j’ai retenu de la biographie de Sacher-Masoch et de son bouquin c’est que sa démarche se base exclusivement sur ses désirs à lui. S’il demande à se faire dominer c’est parce qu’il en a envie, mais il se moque bien du désir de sa partenaire et va même jusqu’à la mépriser. Jusqu’à se « venger ». V. semblait d’accord avec moi ; comme dans les romans de Sade les rapports SM ne se basent pas sur des relations de respect de l’autre, et ça ça me déplaît beaucoup.

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Anywaye ! Le film est loin d’être une adaptation fidèle du livre.

Étrange huis-clos dans un humble théâtre. Le scénariste et metteur en scène auditionne une actrice. Arrivée en retard, trempée, échevelée, elle est d’abord en position d’infériorité. Mais cela va changer… Jouissif.

Et là je fais appel à celleux qui l’ont vu, parlez-en donc plus longuement, plus précisément !

Trailer de Utoube : http://www.youtube.com/watch?v=oly_aCG33SA

Mardi 12 novembre. Lausanne, Les Docks. Date de la tournée de Steven Wilson pour son 3e album solo, A Raven That Refused to Sing (And other stories).

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On arrive une demi-heure avant l’ouverture des portes parce que je me suis un peu trompé dans l’horaire. Mais c’est pas bien grave, il ne fait pas vraiment froid et ça nous laisse le temps de manger nos super sandwichs. La conception était de moi, mais faut l’avouer, l’idée de griller les courgettes était de G. Sinon c’est cool, M. ne fait pas de réaction de rejet vis-à-vis du tofou lacto-fermenté.

Après une fouille rapide, et un remisage obligatoire d’appareil photo à la consigne, nous voici dans Les Docks. Au dedans, pas de pirates fantômes ni de fantômes pirates, mais de beaux volumes et un devant de scène encore bien dégagé. Nous serons au deuxième rang. Pas mal…

Crunch crunch, moi, le plus lente mangeur de la Terre, finis d’avaler mon sandwich.

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L’heure approche. Je suis nerveuxe, parce que mon niveau de fanitude Wilsonesque a constamment augmenté dans les jours qui ont précédés. J’ai vu des morceaux de live des interviews, j’ai écouté deux des ses albums et je suis entrain d’apprivoiser le troisième (chronologiquement, le premier). En fait, ça a commencé à être SÉrieux avec Anesthetize, un morceau qu’il joue avec l’un de ses groupe (<3 Porcupine Tree ❤ – oui, avec des ptits cœurs, eux ça fait quelques années que je les aime bien). Au début, je ne l’écoutais jamais jusqu’au bout. Je devais zapper au moment où ça part en « cacahuète » ; genre où le coté métal prog rattrape le coté rock prog, avec de l’instru ‘bien noisy’ entre deux volées de lyrics. Moi vous savez, je manie ces concepts en amateur, alors je vais essayer d’être plus clair ; un style de musique peut être qualifié de progressif lorsque qu’il rassemble des éléments tels que complexité de composition, influences musicales diverses (jazz, musique classique…), instruments inhabituels, morceaux longs voir très longs… Wiki en parle plutôt bien.

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Bref, c’est pas ce qu’il y a de plus accessible. Pour ce qui est de la musique de Wilson en solo et de Porcu, il y a les éléments prog, mais selon mon point de vue il y a des moments plus « simples que d’autres » qui permettent de rentrer dedans. Une fois que l’on y est, avec un peu d’insistance et une base d’affinité pour le rock et les trucs qui sortent de l’ordinaire, il est possible que l’on finisse par adorer.

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Mais revenons au concert.

Je ne vérifie plus l’heure qu’il est, j’attends. Une vidéo se lance sur l’écran qui couvre l’arrière de la scène. Plan fixe sur un mur de brique et un défilé de passants. Un homme emmitouflé dans un manteau d’hiver, portant chapeau et écharpe s’arrête devant le mur. Il boit un café. Il sort une guitare sèche. Ses cheveux sont bruns « mais » attachés en queue de cheval, ce qui n’est pas assez typique du « style Wilson » pour que je puisse être certain que ce soit lui. Lorsqu’il commence à jouer Trains, alors, là… Lorsqu’il arrive en chair et en os sur scène et qu’il accompagne le jeu de son double en 2D, alors, là… Ça commence, pour de vrai !

Trains, ce hit de Porcu… J’avais plaisanté sur le fait que ce pourrait être une des chansons que je réclamerais si, finalement, j’allais le voir en concert (bien que ce ne soit pas un de ses morceaux à lui tout seul, bien que ce soit cliché de plébiscité un hit plutôt qu’un morceau-super-pas-connu-voyez-comme-je-suis-connaisseuse-et-exigeant).

Entrée fracassante donc, scotché je l’ai été mais quelque chose clochait un peu : Wilson n’était peut-être pas au mieux de sa forme ; il assurait mais n’était pas tout à fait à l’aise. Ce n’est pas une machine, impossible de lui en vouloir :] Et puis, son humeur s’est visiblement améliorée durant le concert.

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Enchaînement sur Luminol – durée : 12/13 minutes – bel exemple de piste majoritairement instrumentale où il faut « s’accrocher » lorsque l’on n’est pas familier avec ce style. Beaux moments au piano. Envolées de flûte. Jeu de basse de début sec et rapide. Riff de guitare entêtant.

Wilson a écrit cet album en pensant aux musiciens qui le joueraient avec lui et ça se sent, ils apparaissent sous leur meilleur jour et leurs instruments sont tour à tour mis en valeur – tout ça en gardant une belle harmonie d’ensemble !

http://www.youtube.com/watch?v=tlWv9tlaMAk

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Wellwellwell, je ne vais pas commenter le concert dans son intégralité.

J’ai un faible pour les morceaux les plus posés et mélancoliques ; pour moi, Drive Home et The Raven that Refused to Sing sont des merveilles. Mélodies imparables mais pas non plus trop catchy – elles restent élaborées et raffinées. Histoires d’êtres aimés perdus à jamais, souvenirs qui hantent.

Les clips sont très beaux (et horrible(s), comme dirait M.^^) :

http://www.youtube.com/watch?v=u4XevlloPY4

http://www.youtube.com/watch?v=ycYewhiaVBk

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The Watchmaker est (aussi) un des morceaux que j’ai préféré. Enrubannée dans sa mélodie continuellement mouvante, j’étais grisé. Le saxo est discret mais il ajoute vraiment de l’épaisseur au tout. Final qui envoie, histoire de conclure en grande pompe, et d’illustrer la conclusion tragique de l’histoire.

http://www.youtube.com/watch?v=2Hp6lYx4Fvw

Index. De belles images dans le style du clip ont été projetées. J’aime énormément, particulièrement, l’ambiance de ce morceau. Instrumentation minimaliste, froide, en rapport direct avec les paroles. Chant captivant, presque parlé. Confession d’un collectionneur qui ne vit que pour amasser des objets… et des êtres.

http://www.youtube.com/watch?v=dte3-sSkWic

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Nous faisons de la musique triste mais nous le prenons avec humour. L’histoire du Lapin troll.

Un concert vivant.

Au début du concert, après de mignons « Bonsoir, merci beaucoup », Wilson nous précise qu’il ne parle pas français. Ce n’est pas un soucis pour moi et les autres anglophiles ; sa diction est excellente. C’est d’ailleurs super gratifiant d’écouter ses interview et de tout capter. Ou est-ce parce que je me suis habituée à son accent que je le trouve si compréhensible ?^^

Il y a eu plusieurs interludes entre les morceaux. Lors de l’une d’entre elle, Wilson explique qu’il n’est pas très doué en solfège (mais oui mon petit, nous te croyons!) et que du coup, pour donner des instructions aux musiciens, il utilise des images. En guise d’exemple, il commence à dépeindre l’histoire d’un gars suédois perdu dans une forêt … il demande à Govan d’improviser à la guitare, au fur et à mesure ; air triste … ce suédois apprend que sa femme le quitte et emmène les enfants avec elle … mélodie plus triste encore … le suédois rencontre des animaux dans la forêt et communie avec eux … mélodie plus joyeuse … les animaux s’enfuient parce qu’arrive un troll enragé (« rabid troll » et non pas « rabbit troll » comme ce que j’ai jovialo-naïvement cru comprendre – j’avais Mumin Troll en tête^^) …

Govan, comme les autres musiciens, n’a quasiment pas dit un mot. Mais, comme les autres musiciens, il avait des expressions et un air sympathiques en général – mimant notamment l’incompréhension et la surprise quand Wilson lui demandait d’improviser^^.

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Plus tard dans le concert, cette histoire sera poursuivie avec Holzman (le claviériste) dans le rôle de l’interprète pris au dépourvu … Notre suédois arrive dans une clairière (qui se dit « glade » – devant l’incompréhension de certain.e.s (moi compris) il explique ce que c’est, ajoutant « Je ne suis pas sûr moi-même de la signification de ce mot », ^^) … Il y trouve un mellotron. Wilson nous demande si nous connaissons cet instrument puis en donne la définition (j’avais déjà été le demandé à Wiki suite à l’écoute de Mellotron Scratch (morceau de Porcu) :}) … Le suédois joue d’anciennes mélodies … Holzman joue des morceaux de morceaux que je n’ai pas reconnu (→ M. ? ) … puis le début de la chanson suivante, poursuivant le set.

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Nouveaux morceaux.

Avant de commencer à jouer l’un des nouveaux/futurs morceaux, Wilson lance « Certain.e.s d’entre vous prennent des vidéos et ça ne pose pas de problème, mais s’il vous plaît n’uploadez pas les nouveaux morceaux sur internet parce que j’aimerais qu’ils restent des surprises pour celleux qui écouteront le prochain album ». Fair enough^^. Il poursuit en disant que la chanson n’a pas encore de titre, et qu’il est ouvert à nos propositions. Dans le brouhaha, il retient « Swiss cheese » mais n’en semble pas très convaincu^^. Une autre nouveauté sera jouée pendant le rappel. Il précisera que celle-ci par contre a déjà un nom ; Happy return.

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Les pieds nus.

Wilson a pour particularité de jouer pieds nus. De jolis pieds qui aurait probablement intéressés L.^^

(infos wiki : ) Il se rappelle avoir dédaigné les chaussures dès l’enfance et ajoute que c’est pratique pour utiliser les pédales de ses guitares.

Ce n’est pas toujours très safe, mais rien ne semble pouvoir le dissuader de continuer^^ : « « I’ve stepped on nails, screws, drawing pins, stubbed my toe, I’ve come off stage with blood just coming out… I mean, I’ve had it all mate, but to be honest, nothing’s going to stop me. » »

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Divers.

À un moment du concert, une toile diaphane tombe entre la scène et le public. Les images se retrouvent projetées dessus, le groupe se devine derrière. La toile tombe avant la fin du concert.

Les claviers étaient habillés de beaux coffres de bois.

Les jeux de lumière étaient travaillés.

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Wilson sera vu avec une Red Bull à la main, puis avec un gobelet rempli d’une sorte de boisson brun clair. Une fan et pseudo puriste de la bouffe comme moi en a été un peu attristé – puis nous avons constaté qu’au bar, il n’y avait que très peu de choix en matière de boisson non-alcoolisée ; c’était Red Bull ou coca ! Et puis ce n’était pas donné. En somme, le seul reproche que l’on peut faire à cette salle de concert.

Il faut que M. vous parle de l’unisson de basse Beggs/Wilson. Moi, à part dire que Wilson avec une basse je ne pouvais que kiffer je n’ai pas grand chose à ajouter.

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Conclusion.

Bien qu’amateur de musique, je ne vais pas très souvent voir des concerts. J’aime avoir un rapport plus « personnel » avec la musique que j’écoute. Pourtant j’ai été convaincue et charmé par cette performance parce qu’elle était non seulement impressionnante, mais de plus chaleureuse, maîtrisée et… émotionnante. En plus j’étais avec des gens cool, dans un endroit cool… Du souvenir qui rocks, ce qui m’a donné envie d’écrire cette tartine de texte sur ce blog si prometteur.

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Line-up.

Steven Wilson : chant, guitare sèche et électrique, basse, claviers (mellotron ?)

Nick Beggs : basse, choeurs, chapman stick

Adam Holzman : claviers (selon le wiki de l’album : minimoog, orgue Hammond, piano)

Theo Travis : saxophone soprano, flûte traversière

Guthrie Govan : guitare

Marco Minnemann : batterie, percussions

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Set list. (doit être à peu près valable)

. Introductory Video (Bass Communion song) (??)
. Trains (Porcupine Tree song)
. Luminol
. The Holy Drinker
. Postcard
. Drive Home
. Untitled New Song
. The Watchmaker
. Index
. Harmony Korine
. Raider II
. The Raven That Refused to Sing
Encore :
. Remainder the Black Dog
. Happy Returns
. Ljudet Innan (Storm Corrosion song) (??)

http://www.setlist.fm/setlist/steven-wilson/2013/les-docks-lausanne-switzerland-7bc48e0c.html

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