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Si c’est une bonne chose de donner la parole à Pénélope Fillon, comme semble l’avoir fait Envoyé Spécial, alors pourquoi est-ce que je me sens mal à l’aise en l’écoutant ?

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Le reportage du Sunday Telegraph montre une femme touchante, qui vit une vie triste qu’elle n’a pas choisie, une vie qui n’est pas ce qu’elle voulait vivre. Mais aujourd’hui, cette vidéo devient une « preuve » ; l’équivalent humain d’un simple relevé téléphonique.

Il y a dix ans, pour une fois, une journaliste a voulu savoir qui elle était ; ou plutôt qui était l’épouse de son mari, certes. Mais ce que l’on voit dans la vidéo, ce qu’elle raconte, c’est qui elle est, elle. Ce qu’est sa vie à elle, assez loin de son mari en fait.

Elle s’était exprimée en tant que personne, c’est cette parole que la journaliste avait recueillie. Eh bien non : même cette vidéo se transforme en un document à propos de son mari. Elle est, elle restera, elle n’est que, l’épouse de son mari.

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Souligner le sexisme d’un autre âge qui règne dans le couple Fillon, comme l’a fait Mediapart, ce devrait être une bonne chose également. Mais qu’on s’appelle Mediapart, Fadela Amara ou Riposte Laïque, dénoncer le sexisme dans un autre but que de rendre la société moins sexiste, ça s’appelle de l’instrumentalisation.

Plaindre Pénélope Fillon dans le but de gêner son mari en campagne, ce n’est pas la plaindre, c’est l’accabler. S’en prendre à elle n’est pas un problème en soi : cette femme a commis une fraude conséquente, cela mérite d’être dénoncé. Mais l’honnêteté voudrait alors que Mediapart se comporte ouvertement en adversaire de Pénélope Fillon, et non en moraliste.

En se donnant l’air de voler au secours de Pénélope Fillon, Mediapart se sert d’elle et lui confisque la parole, exactement comme le fait son sinistre époux. On avait connu mieux.

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La pilule rouge, c’est un truc qui m’est tombé dessus et que j’ai commencé par regretter amèrement. Ça a démarré lentement, une rencontre par ci, une lecture par là, suivies de quelques observations, des choses que je me suis mis’ à remarquer. Ensuite ça s’est accéléré parce qu’à mesure que les problèmes m’apparaissaient, j’ai cherché des solutions mais ça ne faisait que me faire prendre conscience de plus de problèmes. Par exemple en lisant des féministes afro-américaines, des liens me sont apparus entre le sexisme qui commençait à m’obséder, et le racisme dont j’avais une vision très floue et lointaine. J’ai compris que j’étais profondément concerné’, en fait j’ai compris que j’étais blanc’, que je faisais partie du système raciste, que même mon féminisme était raciste.

Les militant’s que j’ai rencontré’s dans des discussions ou à travers des lectures, parlaient de privilèges et d’oppressions qui jusque là avaient été invisibles pour moi. Ma réalité s’est peuplée de réalités différentes, comme les bâtiments dont je remarquais tout d’un coup que l’accès était difficile pour les gens en fauteuil roulant. J’ai réalisé qu’il y avait des gens qui vivaient dans les caravanes de la zone d’accueil des gens du voyage, et qui pouvaient se retrouver privés d’eau sur un caprice de la mairie. Les pancartes « à vendre » et « à louer » qui sont trop nombreuses dans mon quartier, sont devenues des signes de la spéculation immobilière qui accompagne la gentrification.

La Françafrique, le slut-shaming, les contrôles au faciès, les viols correctifs, les centres de rétention, la Jungle de Calais, les épisiotomies abusives, Frontex, la psychiatrisation, les flashballs, la souffrance au travail, la viodéosurveillance, le business pharmaceutique, le privilège des études, la norme des corps minces, les meurtres racistes de la police, la mutilation des enfants intersexes, le système carcéral, etc, etc, etc, etc.

Souvent je me suis dit que ce serait sans fond, que cette prise de conscience et cette recherche d’intégrité me prenaient toute mon énergie et que je ne pourrais jamais explorer toutes les pistes. Ça faisait mal, j’ai cru que j’allais me cramer le cerveau, que la pilule rouge avait transformé ma vie en un cauchemar sans fin. Pourtant j’ai continué, parce que cela me paraissait indispensable. Non : parce que ne pas le faire me paraissait intolérable. Parce que j’avais appris comment apprendre, parce que mon regard continuait à s’aiguiser tout seul. La pilule rouge a déversé en moi ses molécules étranges et j’ai traversé plusieurs années de fièvre et de souffrance. Désespoir, hargne inextinguible, peur de m’isoler de plus en plus, sensation de suffoquer au milieu de toute cette merde…

Maintenant, je peux sentir que cette quête évolue mieux que je ne le prévoyais. La colère qui me submergeait à chaque nouvelle prise de conscience, m’habite toujours mais en toile de fond, comme un leitmotiv dans mes actions et réflexions. Au contraire, ces nombreuses prises de conscience que j’ai vécues comme des baffes, viennent en quelque sorte relativiser les choses que je découvre aujourd’hui. Je ne me sens pas anesthésié’ pour autant, ça me touche, mais ça ne me désespère plus. Le monde a cessé de s’écrouler autour de moi : vu que ça, c’est fait. Et je ne le regrette pas, bien au contraire ! Mes anciennes croyances sur le fait qu’un semblant de justice existerait dans tel ou tel domaine, sur la neutralité de certains auteurs, de certains outils, etc, ont disparu et j’en ai fait le deuil. Tout ça me désespérait et me prenait beaucoup d’énergie. Une fois la désillusion passée, je constate que je peux faire avec.

Mes fréquentations ont été impactées par ce chambardement qui a eu lieu dans ma vie : je ne pouvais plus supporter les gens qui tenaient des propos sexistes, et je découvrais de plus en plus le sexisme contenu dans des idées banales, dans des phrases anodines. Ça m’a forcé à faire un peu le tri dans mes relations, ça m’a éloigné de certaines personnes ; j’en ai aussi rencontré d’autres avec qui je partage plus de choses. À peu près à ce moment là, j’ai commencé à réaliser qu’il n’y avait pas un « eux » et un « nous » mais que ce sexisme, ce racisme, toutes ces oppressions, je les véhiculais autant que les autres, que c’était tout le monde. Ça m’a rendu’ plus modeste et j’ai arrêté de partir en croisade, de me retrouver sans arrêt en conflit avec les autres. Ça m’a amené’ à me pencher sur mes propres idées et comportements.

Et ça aussi, au début ça m’a paru insurmontable : tant de choses à changer, des habitudes si bien ancrées, un tel aveuglement… mais en allant dans cette direction, j’ai réalisé que le chemin m’apportait autant que les buts que je m’étais fixés, et même beaucoup plus. J’ai aussi commencé à trouver des récompenses dans mes efforts : des rencontres, des trucs que je comprenais ou qui se mettaient à s’articuler, des activités que je me refusais avant, le bricolage par exemple. Une autre forme d’humour aussi, une expression qui est devenue plus satisfaisante et en même temps plus libérée. Je m’aperçois que j’ai pris de l’aisance pour expliquer certaines choses, que je peux amener les gens à comprendre des trucs sans forcément les heurter. C’est une façon stimulante de me rendre utile, ça me pousse à creuser et ça me permet de partager.

Le chemin n’a pas de fin, c’est une idée qui m’a d’abord écrasé’. En fait ça m’a permis de revoir mes exigences à la baisse : je ne peux pas cesser totalement de véhiculer ces oppressions, je peux seulement faire de mon mieux. Je me sens à la fois réconcilié avec moi-même, et plus léger’ : je sais enfin quoi faire, par quel bout prendre le problème. Je ne suis pas un super-héros et je ne sauverai pas le monde, par contre je peux agir concrètement sans attendre le grand soir. J’ai même appris à faire des compromis dans ma vie, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. J’ai trouvé mes repères, les choses qui me vont, celles que je peux accepter, celles que je combats avec ou sans diplomatie, et celles que j’évite simplement, sans me prendre la tête, comme j’évite de manger trop pimenté ou d’avoir à marcher vite pendant mes règles.

En résumé je dirais que oui, je vais devoir m’y coller pendant le reste de ma vie, mais que je me suis formé’ à ça. Je me sens rôdé’, c’est devenu supportable et même parfois joyeux. Je suis tout simplement en chemin. Et vive la pilule rouge !

Il y avait plusieurs agresseurs sexuels* à la marche de nuit d’hier soir. Vu le nombre de mecs et le nombre de personnes en tout, j’estime qu’il devait y en avoir une bonne vingtaine ; pas tous conscients de ça, et probablement tous sincèrement solidaires des victimes et des victimes potentielles de ces agressions. Quand j’ai vu que mon ex se trouvait là, tout d’un coup je me suis dit : « hé, mais c’est un agresseur, il a du culot d’être venu ce soir ». Et puis je me suis rendu compte que j’avais à balayer devant ma porte. Moi aussi, j’ai agressé quelqu’un. En douceur, en silence. En couple.

Parce qu’il y a les agressions dont on parle, mais aussi celles qu’on tait, celles qui n’existent pas, celles dont on ne s’aperçoit même pas. Les agressions les plus nombreuses, faites d’attouchement importuns et de « Non mais si, allez, quoi… ». Les abus qui tournent bien, quand ta copine au début elle voulait pas et puis finalement elle est contente que t’aies insisté. Ou en tout cas elle ne s’en plaint pas. Quand elle se réveille le matin et qu’au bout de dix secondes son regard se vide et son sourire s’efface ; qu’elle te demande quand même si t’as bien dormi, mais qu’elle se lève vite pour aller faire du café. Pas qu’elle te fuie, malgré l’étrangeté ; c’est surtout la peur des explications à donner.

Tu t’endormais, et là tu sens la bite de ton copain qu’il presse contre tes cuisses. Tu ne dis rien, tu ne penses plus. Le lit est trop grand pour en sortir. T’espères qu’il va comprendre mais tu comprends que t’espères en vain, et finalement tu te reprends juste assez pour faire semblant que c’est normal. Mais tu t’es pas sentie en danger, et puis sa bite tu la connais, tu te sens pas salie, et après tout c’est pas ton non qu’il a piétiné, juste ton silence. T’avais qu’à lui dire, d’ailleurs c’est pas cool de lui en vouloir, il savait même pas que tu voulais pas. Et surtout c’est tellement dans le cours des choses. Il suffit de pas trop y penser pour écarter le risque de nommer. Il suffit de verser du café dans vos deux tasses et de regarder l’appartement qui est comme d’habitude pour être sûre qu’il n’est rien arrivé.

Bien sûr il y a un monde entre ces viols ordinaires, et un viol « caractéristique ». Un viol avec peur, avec coups, avec saleté. Un viol public, auquel tu fais face comme à un mur, qui te laisse pas le choix d’appeler ça autrement. Il y a un monde et en même temps une parenté, une cohérence. Le barbare et l’insidieux, le terrifiant et le quotidien, chacun de ces viols rend l’autre possible. T’apprends ça sous ta propre couette, t’apprends comme c’est normal et comme tu n’y peux rien. Et tu sais ce qui se passe dehors, quand tu sors, alors quand ça se passe dedans ya rien qui sort.

Espaces à prendre, silences à briser. On était là dans la rue en train de marcher, alors pour compléter j’ai crié. Viole ta copine, pas les passantes. Range-toi du côté des gens qui peuvent faire des conneries mais ça jamais. Prends-toi pour quelqu’un de bien à peu de frais. Viole ta copine, pas les passantes. C’est la réalité ou bien cette phrase qui est choquante ?

Production joyeuse, possible ou anviable ?

Publié: 10 mai 2015 par jmenti dans nos essais
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Soit une machine qui par sabotage répété a cessé de produire pour ne plus que croire .
Elle est devenu source de vide digérer en puissance.
Créer du vide sans y placer d’espoir ou d’envie c’est laisser courir le risque de le voir digérer par les machines dominante.
Par la grève la machine fut geler. Si l’on brise la glace, démonte pièce à pièce, aval les procédés:
alors cette machine deviens de la matière première.
Et si de cette matière on hack les concepts, digère les outils, porte l’intention sur le plaisir:
Alors on peut réaliser des Œuvres joyeuxes et cette entreprise peut même devenir révolutionnaire.

Extrait de l’essai « De la production matérialiste à l’œuvre joyeuxe » consultable et critiquable à la maison des loups (classeur noir)

Déchet abbandonné, piller, réaffecter

Publié: 10 mai 2015 par jmenti dans nos essais
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Quand un objet est abandonner et n’est plus entretenue il deviens un déchet. Mais tout ces déchets son rarement oublier pour toujours. Même depuis un certain temps déjà de nombreuse campagne parle de responsabilité. ‘On ne peut continuer ainsi’
Pourtant un bon nombre de petite mains réalisais la récolte avant que le recyclage existe. On reconnaissait souvent ces petite main bien particulière, dont la caste était de ne pas en avoir, autrement dit les paria.
La production est devenus si folle que les déchets abandonner devienne de plus en plus innombrable et pesante ainsi une nouvelle industrie (scatophage) est né du pillage. Quel que soit la face de cette industrie il me semble que s’approprier un déchets (se le faire offrir ou à son comble être payer pour cela) dans la vue d’en extraire une plus valu monétaire est du pillage.
J’opposerai à cette industrie les œuvres minitieuxe de quelque bonne sotré à ne pas percevoir dans le déchet une entreprise lucrative, mais bien un potentiel direct. Par génie il redéfinisse un but à l’objet, lui confère un nouvel entretient spécifique le tout dans la vue d’une réaffectation (ou renaissance affective). Il est sur que ces œuvres paraisse bien peut nombreuxe par rapport à l’industrie du recyclage, cela tiens qu’il faut moins d’effort pour piller que pour réaffecter.
Pourquoi restauré quand on produit autant ?
Peut-on ingérer autant de merde sans en devenir une ?

Extrait de l’essai « de l’entretient possessif à l’affection » bientôt consultable et critiquable à la maison des loups

Il faut s’accrocher pour lire l’effarante histoire de Danielle, violée à l’âge de 11 ans et, hélas, prise en charge par la police étatsunienne. Malgré le constat médical d’un viol, la police n’a pas pris l’affaire au sérieux. Pourtant, cela aurait peut-être évité qu’un mois plus tard les agresseurs n’enlèvent une seconde fois leur victime, presque devant chez elle, pour la violer de nouveau.

Le soir de ce deuxième viol, la police s’est carrément permis de piéger la fillette : une flic lui a menti sciemment pour voir si elle allait se contredire, lui disant que l’agresseur qu’elle avait identifié avait un alibi et lui demandant de donner une version qui soit cohérente avec ce mensonge. Ensuite, sachant que des viols avaient été commis sur une enfant de onze ans, la police a classé l’affaire au prétexte qu’elle avait fait de fausses déclarations.

Comble du sordide, la gamine a ensuite été poursuivie et condamnée, oui oui sérieusement, condamnée pour faux témoignage à cause des élucubrations qui lui ont été soutirées à partir d’un mensonge, à 5 heures du matin, la nuit après ce deuxième viol, alors qu’elle n’avait pas dormi, n’avait même pas pu changer de vêtements, et que son interrogatoire s’est terminé quand elle n’a plus été en état de parler intelligiblement.

L’article du Washington Post (en anglais) : http://www.washingtonpost.com/lifestyle/magazine/a-seven-year-search-for-justice/2015/03/12/b1cccb30-abe9-11e4-abe8-e1ef60ca26de_story.html

Bienvenue dans le monde réel. Prenez une pause, respirez. C’est les états-unis hein, on sait bien qu’ils sont fous là-bas. Heureusement nous on est en france.

*

Moi par exemple j’ai eu de la chance, finalement. Quand j’ai été confronté’ à la police après un viol, j’ai juste eu droit à…

– faire une déposition seul’ dans un bureau avec un flic mâle

– la requalification arbitraire du viol en agression sexuelle

– des prélèvements de un peu tout ; la médecin légiste était déçue que je n’aie pas de sperme dans le vagin

– la confiscation de tous mes vêtements ; on m’a juste donné une blouse jetable pour me couvrir, soit un mètre carré de papier à moitié transparent

– un autre entretien en tête-à-tête, nu’ sous cette blouse, avec un psychiatre flic mâle* qui a profité de mon état second pour me faire dire qu’au fond de moi, j’avais en quelque sorte eu le désir d’être violé’*. Histoire d’être sûr que j’allais bien me sentir coupable de « mon » viol.

Les suites ? Le mec était clairement identifié, il y avait quelques preuves dont des traces de lutte dans son appartement, mais bon soyons sérieux, quand t’es une pute c’est pas vraiment du viol*. J’ai pas eu de nouvelles. Mais alors ça servait à quoi de me faire subir toutes ces épreuves supplémentaires ? Sans me proposer la moindre aide, hein, le psy c’était pour l’enquête. Sans doute juste pour dire qu’ils ont fait leur boulot, qu’ils ont suivi la procédure, et puis ça m’apprendra à les déranger pour un oui ou pour un non.

Mais surtout, youpi, après tout ça j’ai pas eu de procès au cul. Chance, j’avais pas onze ans moi, je connaissais un peu mes droits, et j’étais choqué’ mais je comprenais quand même à moitié ce qui se passait. Je suis blanc’, ça aide aussi. Et sans doute que les flics devaient être d’humeur arrangeante, il faisait beau ce jour-là.

Je précise que je n’ai pas choisi de porter plainte. Le motard qui m’a… hum, sauvé’ ? Le motard vers lequel j’ai couru en criant au secours m’a véhiculé’ direct au comico sans me demander mon avis. Les flics ont vaguement dû me poser la question, mais j’étais pas en état de savoir ce que je voulais faire et eux, si. C’était évident que j’allais déposer une plainte, n’est-ce pas ? C’était évident que je n’avais rien de plus bénéfique à faire après un viol que de passer huit heures seul’ en leur aimable compagnie. Ils ont appliqué la procédure sans se demander si j’avais besoin de quelque chose, ou peut-être qu’ils m’ont donné un verre d’eau, je ne me souviens pas.

*

Alors je ne dis pas qu’il ne faut pas porter plainte. Ce serait bien qu’un jour les viols soient vraiment condamnés*. Je dis juste que ne pas porter plainte est un droit, et un choix plein de bon sens. Je dis qu’il faut faire gaffe, qu’il faut sérieusement se poser la question avant de mettre les pieds dans un commissariat et ne surtout pas y aller seule.

Petit guide de survie pour porter plainte après un viol

Mettons, sœur de misère, que tu souhaites vraiment porter plainte et que tu en trouves le courage. Voici quelques conseils. Ils sont bien sûr subjectifs, et doivent être adaptés selon ton ressenti et la situation.

juste après le viol

D’abord, trouve protection et soutien. Appelle qui tu peux, réclame la présence immédiate de proches qui pourront te soutenir. Au pire, réclame l’aide de n’importe qui d’autre qu’un flic : tu peux aller chez un médecin, mais aussi dans une pharmacie, demander assistance à unE passantE, unE commerçantE, ou même sonner chez quelqu’un. Si tu la sens bien au vu de sa première réaction, explique à la personne qu’elle DOIT se rendre disponible pour toi pendant plusieurs heures, et que sinon elle reste auprès de toi le temps que tu trouves quelqu’un d’autre pour t’aider.

Une fois que tu es posée au calme avec un verre d’eau, si tu peux, parle ou écris. La mise en mots aussi précoce que possible va prévenir ou limiter le syndrome de stress post-traumatique, donc rendre l’ « après » beaucoup moins moche. Raconte, pleure, fais-toi câliner si tu en as envie.

Exprime aussi clairement que possible tous tes besoins : je veux que telle personne reste avec moi, que telle autre sorte de la pièce. Je ne veux pas que tu me touches, tais-toi pour le moment, éteins la musique. Ton stress me gêne, tu dois te calmer pour m’aider. Je veux une couverture, du thé, je veux manger, je veux me recoiffer. Je ne veux pas que tu préviennes X. Je veux que tu prévoies plus de mouchoirs. Prends le temps qu’il faudra pour cette étape. Si ça suppose une nuit de sommeil, le reste attendra. Enfin, sauf la pilule du lendemain*.

temps de réflexion

Quand tu t’en sens capable, organise tes démarches avec tes alliéEs. Certes, il sera très utile de faire des prélèvements rapidement. Autant que possible, ne te lave pas et ne change pas de vêtements avant ces examens. Tu voudras peut-être faire des prélèvements sur le moment et décider plus tard de porter plainte ou pas.

Il se trouve que la médecine légale* (donc les examens les plus précis et/ou qui seront le mieux reconnus comme preuves) n’est accessible que lorsqu’on a déjà déposé une plainte*. Mais tu peux très bien faire des examens auprès d’un médecin ou d’un laboratoire, ce sera tout de même une preuve, et surtout ça te permettra d’éviter le commissariat. En effet tu pourras prendre le temps d’adresser ta plainte directement au procureur de la république (essaie de passer par une asso féministe et/ou d’aide aux victimes, ça aura plus de poids).

Si tu veux t’adresser à la médecine légale, tu devras faire face à un certain nombre de toubibs et de flics. C’est une décision qui t’appartiens, tu as le droit d’avoir à ce point envie de justice*, de vengeance* ou de reconnaissance de ce que tu as vécu. Où que tu choisisses d’aller, il faut te protéger contre d’éventuelles violences.

préparatifs

Appelle l’endroit où tu comptes aller pour t’assurer que tu y trouveras ce que tu veux, ça t’épargnera peut-être un déplacement inutile. Rédige une déposition à l’avance, la faire là-bas serait pénible et elle pourrait être déformée par les flics. Prévois des vêtements de rechange et équipe-toi pour plusieurs heures : eau, nourriture, clopes, téléphone chargé, nécessaire de toilette, tes médicaments si tu as un traitement, tes papiers d’identité et de sécu si tu en as.

Libère-toi d’éventuelles obligations, par exemple fais appeler la nounou pour lui dire que tu as subi une agression (ou que tu as eu « un accident », ou « un gros problème, elle vous expliquera ») et qu’elle doit garder les enfants chez elle jusqu’à demain. Essaie d’avoir unE conducteurice pour t’emmener ET te ramener. Tu peux aussi décider de te payer le taxi, ou qu’une ambulance vienne te chercher (mais elle ne te ramènera pas).

face aux flics et aux médecins

Fais-toi accompagner par une ou deux personnes. Exige leur présence à tout moment. Si à un moment on te dit que ce n’est pas possible, demande qu’on t’explique d’abord dans quelle pièce tu seras, combien de temps, avec qui, pour faire quoi, et dis que tes amiEs doivent être juste à côté au cas où tu aies besoin de leur présence.

Bien sûr, on va te faire sentir que tu es vraiment chiante et essayer de grignoter sur tes conditions. Tes allié’s devront te seconder avec fermeté pour que ton consentement soit recueilli à chaque étape et que tu obtiennes toutes les informations que tu veux. Iels collecteront aussi un double de chaque document et noteront toutes les informations utiles.

Pendant tout le temps que ça dure, surveille ton état. Si tu es fatiguée, si tu as faim, et surtout si tu as besoin d’une pause pour faire face à tes émotions, dis-le. Le temps des flics et des toubibs n’est pas aussi précieux que ton bien-être, personne ne doit t’empêcher de prendre soin de toi. Garde à l’esprit que tout laisser en plan et rentrer te reposer reste toujours une option.

après

Quand c’est fini, tiens un nouveau conseil de guerre avec tes alliéEs et décide ce que tu veux faire : où tu vas, avec qui, de quoi tu as besoin. Décide aussi ce que tu veux dire à propos de ce viol, à qui, et ce que tu ne veux pas qui soit raconté. Réfléchis au type d’accompagnement personnel que tu souhaites : groupe de soutien, psy, visites quotidiennes d’alliéEs ? Organise aussi ton accompagnement dans les procédures à venir : relancer les flics (qui sinon aiment bien classer sans suite), rassembler toutes sortes de documents, accompagnement lors des démarches, etc.

Après tout ça, repose-toi beaucoup. Annule plein d’obligations, réclame de l’aide pour n’importe quoi, le temps de retrouver le moral et de l’énergie, sans précipiter les choses. Donne-toi le droit d’être joyeuse ou triste selon les moments, il n’y a pas d’humeur « de circonstance ». Et prévois énormément de patience et de rigueur pour les mois voire les années à venir. Tu as fait ce choix, donc c’est un bon choix, et il vaut la peine d’être mené à bien.

Encore un billet repiqué sur mon ancien blog, je vous avais prévenu de ma flemme sans limites. Il date un peu, j’y parle en tant que femme ; à vrai dire, face au sexisme, être pas-un-homme peut aussi bien s’appeler comme ça.

Je veux parler de mes fantasmes, non pour ajouter à ce blog une touche croustillante, mais parce que je suis toujours surpris’ d’y retrouver toute l’étendue des violences sexistes qui existent dans la réalité. Moi qui lutte pour que les femmes obtiennent respect et conditions de vie épanouissantes, je reproduis et cultive à plaisir en mon for intérieur les violences et les injustices que je dénonce. Quelle est cette étrange contradiction ?

Sans entrer dans les détails (j’espère ne pas causer de trop cruelles déceptions) ma branlothèque personnelle semble de prime abord tout droit tirée de Sade ou de Réage. Mais une différence me paraît cruciale : chez eux, cette violence est assortie d’un discours justificateur. Rien de tel dans mes fantasmes ; la brutale dissymétrie entre mon personnage (et éventuellement d’autres femmes) et les hommes y est un donné qui non seulement n’est pas justifié mais ne saurait l’être.

Bien au contraire, l’arbitraire de la situation est dans chaque scénario un élément central, mis en valeur par la conscience exacerbée qu’en ont tous les protagonistes. En ceci mon univers diffère également de la réalité, où la plupart des violences sexistes font l’objet d’un déni global, tant de la part de leurs témoins que de leurs auteurs, et souvent de leurs victimes mêmes. À lui seul, cet arbitraire explicite fait de la violence dans mes fantasmes quelque chose de très différent des violences invisibles, légitimées ou banalisées que subissent les femmes.

Mais au fait, d’où viennent-ils, ces fantasmes ? Libido, je désire. Que désiré-je en tant que femme, qui s’apparenterait à de telles violences ? Que ce soit bien clair : rien que je veuille en réalité ; le désir n’est pas l’expression d’une volonté, il émane directement de notre expérience émotionnelle. Quelle expérience émotionnelle peut faire qu’une femme désire le genre de violences qu’elle va probablement subir dans la société ? Tout simplement son éducation de dominée, qui sert notamment à lui façonner une libido de dominée.

On nous fait désirer être ce que j’appelle la princesse, c’est à dire un objet docile livré au bon plaisir des hommes. Bien sûr, ce n’est pas ainsi que nous est présenté notre condition(nement), mais sous une forme édulcorée et assortie d’arguments variés. C’est pourtant de là, selon moi, que naissent tant mon goût pour la soumission jouée du BDSM ou celle, imaginaire, de mes fantasmes, que les dispositions grâce auxquelles une soumission bien réelle est obtenue des femmes dans la plupart des circonstances de leur vie.

Multipartenaire

Publié: 12 décembre 2014 par L'épicène dans 3615mavie, nos essais
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Je dédie cette petite mise au point à tous les mecs qui ont insisté pour baiser sans capote alors que je n’étais pas d’accord.

Ça t’évoque quoi, le mot « multipartenaire » ? Tu es sûr qu’on parle de la même chose ?

*

Multipartenaire, même si tu es « clean », même si tu n’as  pas du tout d’autre partenaire et que je te fais confiance, ça ne veut pas dire que tu peux choisir entre mettre une capote et prendre un risque en baisant avec moi.

Ça veut dire que je porte une responsabilité envers tou’s mes partenaires, toi y compris. La capote n’est pas une garantie à 100% de ne rien attraper, alors je l’utilise pour me protéger mais aussi pour te protéger au cas où j’aurais attrapé quelque chose depuis mes derniers tests. Et ce n’est pas parce que toi tu t’en fous de prendre le risque que je te refile une maladie, que moi je veux forcément le prendre aussi.

– Quoi, je ne peux pas faire de toi un danger pour moi si ça me chante ?
– Non bébé, tu ne peux pas faire ça.

*

Multipartenaire, ça ne veut pas juste dire que tu es d’accord pour que j’aille « baiser ailleurs ».

Ça veut dire que quand je baise avec toi, je suis aussi en train de « baiser ailleurs ». Tu es sûr’ d’être « clean » et si tu étais mon seul partenaire ça me conviendrait. Mais une erreur est toujours possible, et mes autres partenaires aussi ont le droit que je me comporte de façon responsable envers elleux.

– Quoi, aucun de tes partenaires n’est le centre du monde ?
– Oui bébé, exactement.

*

Et comme ça n’a pas l’air de rentrer, avec ou sans lubrifiant je voudrais ajouter encore une chose : safe is sexy !

On m’a demandé si mon agresseur était « un client ». J’ai répondu que nous avions certes pris rendez-vous dans le cadre de mon travail, mais que non, ce n’était pas un client. En disant cela, j’ai vu l’étonnement se peindre sur des visages, l’incompréhension s’y installer. Alors je suppose qu’il faut que j’explique. C’est toujours à nous d’expliquer, de rendre des comptes, de répondre à des questions que les gens trouvent stupides quand on les leur retourne. Bon ok, allons-y.

Une fois quand j’étais jeune, j’ai piqué des trucs dans un grand magasin. Enfin, j’ai essayé, mais je me suis fait prendre. Pendant qu’on attendait la police, l’un des vigiles a dit à quelqu’un du magasin d’aller remettre mes courses en rayon. J’ai protesté :

– Attendez, laissez-les là. Je veux les acheter.

– Non, vous ne pouvez pas.

– Mais c’est stupide ! Il faudra que je revienne et que je reprenne les mêmes choses en rayon pour pouvoir les acheter ?

– Non. Vous n’aurez plus le droit d’entrer dans ce magasin.

– Ah ? Mais alors laissez-moi les payer tout de suite.

– Non.

Vous voyez le rapport ? Ce magasin a décidé que je ne faisais plus partie de leur clientèle, parce que je n’avais pas respecté leurs règles du jeu. Avant ça, je pouvais y entrer et acheter tout ce que je voulais. Après, ce n’était plus possible, même pas « juste les provisions qui sont là ». D’ailleurs, ce n’est même pas encore aussi simple…

Tout le monde peut entrer dans un grand magasin… tant que ça convient à la direction du magasin ; mais si par exemple vous êtes manifestement ivre, si votre comportement ne leur convient pas ou si vous êtes sur leur liste noire, ils ne vont pas vous laisser entrer.

On peut tout acheter dans un grand magasin… enfin, tout que ce qu’ils acceptent de vendre ; les caddies, les néons, les rayonnages ou même parfois un produit mal étiqueté ne vous seront cédés ni pour deux sous, ni à prix d’or. Et bien sûr le magasin lui-même n’est pas à vendre.

Vous comprenez mieux, maintenant ? Ce sont eux qui décident si vous êtes un client. Ce sont eux qui décident ce que vous pouvez acheter. Ce sont eux qui décident à quel prix, à quelles heures et sous quelles conditions.

Eh bien les putes, c’est pareil. On n’est pas « à vendre ». On accepte, sous des conditions bien précises, de vendre des services bien précis. C’est nous qui décidons à qui, où, quand et comment. Et le statut de client est révocable à tout moment, en particulier si quelqu’un ne respecte pas nos règles du jeu.

C’est incroyable, comme comparaison. Moi qui me bats pour qu’on arrête de parler de « marchandisation » de nos corps, je prends l’exemple d’un supermarché… C’est incroyable que les supermarchés exercent leur pouvoir, posent leurs conditions de manière aussi invisible à vos yeux, tandis que ce même pouvoir, vous ne pouvez même pas imaginer que les putes l’exercent aussi…

Ce que je sais sur les monosexuel’s

Publié: 25 septembre 2014 par L'épicène dans nos essais
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C’est juste des gens comme vous et moi. Enfin, je crois, plutôt comme vous.

La monosexualité est ce que Freud appelle une restriction de choix d’objet : l’absence d’intérêt sexuel ou amoureux pour une catégorie de personnes ; en l’occurrence « les femmes » ou « les hommes ». Une sorte de perversion sexuelle par la négative. Ceci dit sans jugement aucun : je trouve ça plutôt intéressant, les perversions. D’ailleurs celle-ci est si courante qu’on n’y prête même plus attention, voire qu’on regarde de travers celleux qui ne la partagent pas.

Les monosexuel’s se classent en deux catégories : les femme-sexuel’s et les homme-sexuel’s. Non, c’est pas ça ? Zut, je me suis encore trompé’. En fait, iels se classent d’abord comme femmes ou hommes, puis se répartissent en deux catégories : d’une part les femmes femme-sexuelles et les hommes homme-sexuels, d’autre part les femmes homme-sexuelles et les hommes femme-sexuels. Mais non c’est pas compliqué du tout, mais non c’est pas tordu. Vous allez voir.

L’idée, c’est que parmi les monosexuel’s, certain’s sont attiré’s exclusivement par des personnes de même sexe : femmes femme-sexuelles et hommes homme-sexuels, et d’autres sont attiré’s exclusivement par des personnes de sexe opposé : femmes homme-sexuelles et hommes femme-sexuels (on dit « homosexuel’s » pour les premier’s et « hétérosexuel’s » pour les second’s, mais je ne veux pas vous assommer avec le jargon du milieu). Alors vous voyez, c’est assez logique finalement.

Certes, ça implique de se définir et de définir les autres comme « femme » ou « homme », si possible systématiquement, sans erreur et de manière permanente. Par exemple, un femme-sexuel qui tombe sur une jolie pute blonde aux jambes interminables, mais avec une pine au lieu d’un minou, sera obligé, soit de la débarquer et d’aller s’en chercher une autre, soit de renoncer temporairement à sa perversion femme-sexuelle. Et si un homme homme-sexuel change de sexe, il change de catégorie sans avoir changé de goût, et son compagnon si il en a un, change de catégorie en continuant à coucher avec la même personne.

Bon d’accord, je reconnais qu’on s’y perd un peu. Mais au fond, ce qui se passe au pieu, c’est leur affaire. La chose importante à retenir, c’est que ces choix, pour exotiques qu’ils nous paraissent, n’ont absolument aucune incidence sur leur comportement dans la vie de tous les jours. Iels ne sont pas particulièrement dévergondé’s, ni sales ni plein’s de maladies. Et ce n’est pas parce que vous avez un’ voisin’ femme-sexuel’ qu’iel va sauter comme un’ affamé’ sur la première femme venue. Iels font même, dit-on, de bons parents quand on le leur permet.

Billet repiqué sur mon ancien blog. Il y en aura d’autres, et j’assume ma flemme.

Toi qui parles de viol, tu as déjà été violé ?

Tu te sens inquiet quand tu entends le mot « viol » ? Ou triste ?

Ça te perturbe ? Ça t’empêche de finir ta phrase ?

Est-ce que ton corps réagi à ce mot comme à un courant d’air glacial ?

Est-ce que des images insupportables surgissent lorsque tu l’entends ?

Toi qui plaisantes sur le consentement, as-tu déjà eu à porter la responsabilité et la honte d’une violence qu’on t’a fait ? Est-ce que quelqu’un t’a demandé pourquoi tu n’avais pas fui au lieu de te faire casser la gueule ? Est-ce que quelqu’un t’as demandé pourquoi tu n’étais pas resté chez toi le jour où tu as eu trois côtes cassées ? Est-ce que tu as entendu de la réprobation dans la voix d’un médecin pendant qu’il te faisait des points de suture ?

Toi qui parles de viol, tu penses aux viols dans les films ou aux infos. Tu penses aux filles perdues que tu ne connais pas mais que tu imagines bien – trop bien, réfléchis-y. Mais tu ne penses pas à moi. Pourtant, je suis juste à côté de toi quand tu dis ça. J’entends ton mot d’humour et surtout j’entends combien je n’existe pas, combien je ne peux pas être ici, dans la même pièce que toi, car c’est tellement une exception, une rareté, cela n’arrive tellement qu’aux autres -aux femmes des autres- que tu ne peux pas imaginer que j’en sois une. Une victime de viol. Ou juste une femme inquiète de subir un viol, car toutes les femmes sont obligées d’y penser, toutes.

C’est parce que tu ignores tout cela que tu peux rire. Et je parle d’une attitude. Ce que je te dis ici, tu l’as déjà entendu, tu pourrais le savoir et le prendre en compte, mais tu l’ignores. Et après avoir lu cela, tu continueras probablement à l’ignorer la plupart du temps, confortablement installé dans ta position de personne ordinaire. Je dis ordinaire, car être un homme est la norme, et ne pas l’être est l’exception ; car être suffisamment privilégié pour se sentir à l’abri de la violence est la norme, et les autres ne font pas partie de ton monde.

Toi qui parles si légèrement de viol, est-ce que tu te vois, là, en train d’approuver cette violence ? Est-ce que tu te vois en train de redoubler cette violence ? Parce que c’est ce que tu fais, ce que tu viens encore de faire, mais tu ne peux pas le voir car ça ne colle pas avec l’image de mec bien, gentil et responsable, que tu as de toi et que tu veux donner -à tes pairs. Cette image, tu ne la vois pas comme telle, tu penses qu’elle reflète fidèlement qui tu es ; mais celles qui ne sont pas tes pairs, ceux qui ne sont pas de ton monde, pourraient te dire qu’elle est trompeuse, si seulement ils pouvaient te dire quoi que ce soit.

De l’ordre au chaos

Publié: 5 juin 2014 par jmenti dans cris, nos essais
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Début février les bulldozer sont arrivé prêt de chez nous.
A savoir que pour eux le temps presse.
Le quartier étant depuis longtemps dans des projet diverse et de sombre
enjeux de pouvoir entre La mairie de Nancy et la Communauté Urbaine du
Grand Nancy.
Ils leur faut donc ne pas tarder à les appliquer avant que les sièges
changent.
Pour nous la réalité de ces travaux et bien loin de leur parlote de salon.
Cela nous rappelle ou l'on se trouvent, et un telle puissance dégagé fait
relativisé la solidité de notre habitat.
N'importe lequel de ces engins pourrais en une journée détruire la
structure principale du bâtiment.
Les tremblement sur nos plancher nous le rappel tout le long des journée
de la semaine.

Quelque pantin, fier de leur responsabilité ( Sécurité Urbaine ...),
son venus à nous.
Ils nous tende la main afin que l'on comprenne qu'il ne sont pas mauvais.
Nous prévenir que l'huissier ne saurait tardé, et qu'il serait bon de
parlé relogement...
Malheureusement pour eux qui doivent peut regardé le ciel cela est arrivé
le jour même de la pleine lune.
J'étais alors au plus haut de mon énergie.
Leur expliquas que manifestement il n'avais rien compris, que leur simple
papier (diffusé à tout les sdf) ne me satisferait pas.
Pour ma part les seuls solution envisageable était le rachat du bâtiment
pour un euro symbolique ou l'affectation à un F18 semblable.
Comment pensait-ils m'amadoué avec un intérieur ou je n'aurais même pas
pus me tenir debout avec mon chapeau ?

Ni ré-étiqueté ni ré-inséré !
Voilà notre victoire

Au bulldozer on suivit les espaces verts.
Au grand boum les petits tics.
Non pas d'arbre juste des pavés !

Paria pour toujours!
Si dehors l’ordre s'installe,
à l'intérieur le chaos règne.

PRÉAMBULE DE LA CONSTITUTION DU 27 OCTOBRE 1946

« La République française […] n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple »

Déclaration des droit de l’homme et du citoyen de 1789

Article 12:La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

Déclaration des droit de l’homme et du citoyen de 1793 :

-Article 25: La souveraineté réside dans le peuple. Elle est une et indivisible imprescriptible et inaliénable.

-Article 26:Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais chaque section du souverain assemblée, doit jouir du droit d’exprimer sa volonté avec une entière liberté.

-Article 27:Que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à l’instant mis à mort par les hommes libres.

-Article 33:La résistance à l’oppression est la conséquence des autres Droits de l’homme.

-Article 35:Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Vive la France !

D’abord, c’était une simple expérience, inspirée du précieux article de Corinne Monnet : http://infokiosques.net/spip.php?article239. Si les hommes prennent l’espace de parole et contrôlent le cours des conversations sans qu’on n’en sache rien (et eux non plus) qu’en est-il de l’espace physique de la rue et des trajectoires des passants ?

J’ai marché droit devant moi, sans m’écarter pour croiser les passants. C’était beaucoup plus difficile que je ne l’aurais cru ; j’ai failli me casser la gueule en luttant contre mes propres jambes, qui me déviaient spontanément… mais j’ai tenu bon, mes jambes ont fini par m’obéir à peu près et j’ai pu constater que la réalité était pire que mes pires soupçons.

Les petits accrochages, évitements à la dernière minute où on se frôle et où on se gêne un peu, concernaient beaucoup plus d’hommes que de femmes. Les coups d’épaules échangés avec des passants plus réticents se sont produits systématiquement avec des hommes, très souvent blancs et dans la cinquantaine. Les trois occurrences de bloquage face à face ont eu lieu avec trois hommes blancs autour de la cinquantaine.

Mais les femmes, alors ? Quand j’ai vu ce qu’elles faisaient, je me suis dit, quelle andouille, j’aurais pu m’en douter puisque moi qui ai été socialisé’ comme une femme, je fais toujours ainsi. Les femmes s’écartent, mais sans se faire remarquer : elles tiennent compte des passants qu’elles vont croiser et modifient leur trajectoire cinq bons mètres à l’avance ! Souvent peu, mais continuellement.

Ainsi, personne ne s’avise que s’écarter n’est pas l’habitude de tout le monde ou d’une seule, mais celle de toutes les femmes. Chaque femme y voit les bases de la politesse, et non l’anticipation d’un accrochage. Les hommes, a priori, ne voient rien du tout : ils marchent, tout simplement.

En fouillant dans ma mémoire, je retrouve des souvenirs de cet apprentissage : d’abord des accrochages, puis la prise de conscience du problème (mais hélas pas du genre du problème) ensuite un changement volontaire de mes habitudes, pour en arriver aujourd’hui à une attitude spontanée, d’apparence naturelle, et bien difficile à combattre.

En fouillant encore, je trouve une étape « poussette » : à l’époque, il m’a fallu tenir encore plus compte des passants, car je ne pouvais pas toujours m’écarter et jamais au dernier moment.

Après, c’est le black-out : l’oubli complet de ce parcours d’apprentissage et l’impossibilité de m’apercevoir de quoi que ce soit. Sans le questionnement précis que m’a suggéré une réflexion acharnée sur le sexisme, cette cécité serait restée bien en place !

Maintenant que ce premier constat est fait, je voudrais conduire une expérience rigoureuse et à plus grande échelle, qui ne laisserait plus place aux doutes (les miens y compris). Je pense à une amie qui est anthropologue, mais n’hésitez pas à vous intéresser à ce projet et à en parler autour de vous !

Et bien sûr, je vais continuer à ne pas céder le pas aux hommes. Il ne manquerait plus que ça ! Bon, ça reste difficile : dès que je pense à autre chose, je recommence à louvoyer. Mais ce qui a été appris peut se désapprendre…


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