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Si c’est une bonne chose de donner la parole à Pénélope Fillon, comme semble l’avoir fait Envoyé Spécial, alors pourquoi est-ce que je me sens mal à l’aise en l’écoutant ?

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Le reportage du Sunday Telegraph montre une femme touchante, qui vit une vie triste qu’elle n’a pas choisie, une vie qui n’est pas ce qu’elle voulait vivre. Mais aujourd’hui, cette vidéo devient une « preuve » ; l’équivalent humain d’un simple relevé téléphonique.

Il y a dix ans, pour une fois, une journaliste a voulu savoir qui elle était ; ou plutôt qui était l’épouse de son mari, certes. Mais ce que l’on voit dans la vidéo, ce qu’elle raconte, c’est qui elle est, elle. Ce qu’est sa vie à elle, assez loin de son mari en fait.

Elle s’était exprimée en tant que personne, c’est cette parole que la journaliste avait recueillie. Eh bien non : même cette vidéo se transforme en un document à propos de son mari. Elle est, elle restera, elle n’est que, l’épouse de son mari.

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Souligner le sexisme d’un autre âge qui règne dans le couple Fillon, comme l’a fait Mediapart, ce devrait être une bonne chose également. Mais qu’on s’appelle Mediapart, Fadela Amara ou Riposte Laïque, dénoncer le sexisme dans un autre but que de rendre la société moins sexiste, ça s’appelle de l’instrumentalisation.

Plaindre Pénélope Fillon dans le but de gêner son mari en campagne, ce n’est pas la plaindre, c’est l’accabler. S’en prendre à elle n’est pas un problème en soi : cette femme a commis une fraude conséquente, cela mérite d’être dénoncé. Mais l’honnêteté voudrait alors que Mediapart se comporte ouvertement en adversaire de Pénélope Fillon, et non en moraliste.

En se donnant l’air de voler au secours de Pénélope Fillon, Mediapart se sert d’elle et lui confisque la parole, exactement comme le fait son sinistre époux. On avait connu mieux.

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