Tu remets la tienne patron ?…

Publié: 2 octobre 2014 par antoninsobel dans nos textes

Tiens je vais vous raconter une histoire, un climat, celui de mes 10 ans en 1980, mes parents tiennent un trocson de quartier, un PMU bien pourave, ouvert de 8 heure à 1 heure du mat’, 2 heures du mat’ le week-end, vendredi samedi et dimanche, ben oui gentes gens un PMU ne s’arrête jamais c’est dans le contrat, même noël et le premier mai et les mecs qui gèrent les contrats passés avec les cafetiers en ont rien à foutre de savoir si les patrons ont un gosse, donc je passe ma vie soit au café soit chez ma grand-mère, j’ai tout vu tout entendu dans ce café, la pute du coin m’offre des pâtisseries et me porte sur ces genoux, je crois que je suis un peu amoureux d’elle, elle sent bon, porte des mini jupes et des grands talons pis son julot c’est un pote à mon vieux, il s’appelle Nouredine, ils sont devenu potes parce qu’un soir des faf de la première génération ont voulu lui faire la peau un soir à minuit, ouai un bicot qui est maquereau d’une pute blanche, insupportable pour les fachos…il a couru dans le rade de mon vieux, et mon daron est sorti avec une batte de base-ball, a séché les deux premiers avant que les autres se sauvent, les flics sont passés mon père était encore dehors, sa batte à la main, « un problème chef ? » qu’ils lui ont dit, ben oui un patron de bar blanc même une batte à la main quand t’es flic tu lui dis « chef », un reubeu tu l’embarques. « Non pas de problèmes, on gère » qu’il a répondu, c’était son honneur ça, ne jamais faire appel aux flics, « les patrons de bar qui font appel aux chtars n’ont pas de couilles et subissent des représailles…» c’est aussi pour ça que les racailles le respectait mon vieux, il était dur mais droit, pas une balance, pendant ce temps Nouredine se faisait soigner par ma mère dans l’arrière salle, un œil bien bleu et deux trois ratiches en moins. Il était toujours habillé en blanc, pantalon pat’d’eph, chemise cintrée et gros ceinturons, tout fin mais fallait pas lui manquer de respect, il cognait comme un dieu, il avait de la gueule le Nouredine, je l’aimais bien, mais là sur son costard blanc le raisiné ça faisait tache, mon vieux lui a prêté des fringues pour qu’il rentre tranquille sans se faire embarquer, ils étaient devenu pote.

Sa pute aussi, Marie-Line, je l’aimais bien, elle était mignonne, elle était maligne, elle aguichait les vieux pensionnés qui tournaient au blanc cass’, les raccompagnait quand ils étaient bien cuit, faisait payer puis un strip-tease et pépère s’endormait après une petite branlette. Tranquille même pas pénétrées la Marie-Line, plus qu’a essuyer le poireau du vieux et faire un bisou sur le nez… bonne nuit pépère.

Toute la société passait dans notre PMU, un vrai brassage social, ethnique, politique, les truands côtoyaient les retraités des PTT, le plombier, le boulanger, l’alcoolique, les joueurs de carte, les flambeurs, les putes, les arabes, les yougoslaves, les blacks, les ritals, les rockabilly’s, les jeunes qui se prenaient pour Travolta, les vieux en pantoufle, les homos, quelques Punks, les handicapés, c’était pas un bar c’était une micro société, un melting pot bruyant et enfumé de philosophes de comptoir, un reflet exact des années 80, je suis content d’être né dans les années 70 rien que pour avoir vécu les années 80, les moins de 30 ans ne peuvent pas comprendre, je dis pas que c’était mieux que maintenant, c’était différend, il y avait encore de l’espoir, Je crois que j’en ai plus appris sur l’espèce humaine en 10 ans de bistro dans les années 80 que certains pendant toute leur vie…

Un soir une bande est arrivée, des gitans sédentarisés, ils avaient la réputation d’être des connards qui vidaient les bars et partaient sans payer, on en connaissait un ou deux qui nous posaient pas de problèmes, mais là ils sont arrivés à une douzaine, « tournée, tournée, tournée… encore une patron » pas une tournée de payée, pas une thune sur la table… et ça continue, les mecs commencent à être chaud, recommandent une tournée… puis quittent la table un à un… sans payer, calmement mon vieux prend la clé de la lourde en fer et dit aux clients « ceux qui ont payé peuvent partir, je leur ouvrirai la porte les autres restent tant que tout n’est pas réglé… » Tous les pétochards se cassent sauf  Nouredine et un petit rital qui sent que ça va mal tourner et que mon vieux va se retrouver tout seul, ma mère emmène Marie-line dans l’arrière salle et je sais pas pourquoi ils m’ont oublié, d’habitude quand ça chauffait ma mère m’emmenait dehors ou me disait de rentrer au logement derrière le café, là j’étais dans un coin sur mon jeu vidéo (oui en 1980 il y avait les premiers jeux vidéo arcade dans les bars, le premier s’appelait PONG je crois) et là, c’est parti, j’ assiste à une baston incroyable les gitans veulent sortir, la porte est fermée à clé et ça commence, « Paye connard »… « Non, nous on paye pas »… trois contre six,  coup de poings, coup de pieds, un mec se tient les couilles suite à un coup de savate de Nouredine, un autre se tient l’oreille suite à une magistrale claque dans la gueule de mon vieux, le rital casse un cendrier de comptoir sur la tête d’un mec (Avant que ça chauffe ma mère enlevait toute la vaisselle du comptoir, là elle avait oublié un grand cendrier Cinzano), un autre pisse du nez suite à un coup de boule, mon vieux roule par terre avec un mec sur les bouts de verre brisés et lui coupe le souffle d’un coup de poing au thorax, il reste plus qu’un mec debout pas trop abîmé… la donne est inversée, du sang partout, les gitans sont sonnés, hébétés, hagards, ils viennent de prendre la branlée de leur vie, c’est la première fois qu’on leur tient tête, un se relève, mon daron lui dit « paye sinon je sors et je brule ta bagnole », il l’aurait fait, le mec le voit dans ses yeux…il est piteux, il compte ses ratiches, sort un billet et paye… tout le monde sort, mon vieux les raccompagne avec sa batte,

« la prochaine fois vous saurez qu’ici quand on consomme on paie »…

« On reviendra brûler ton bar »…Nouredine a au moins deux côtes fêlés suite à un coup de savate, mon daron à la chemise pleine de sang, j’ai peur, il referme la porte, enlève sa chemise, ma mère arrive avec le désinfectant et les pansements, elle l’inspecte… pas une égratignure, le sans c’était le sang du mec avec qui il a roulé dans les éclats de verre.

Il a fermé le bar, récuré le sang qu’il y avait partout et ils se sont pris une cuite, Nouredine, Marie-line, le petit rital dont j’ai oublié le prénom et mes darons. Putain de soirée, on n’a plus jamais revu la bande de connards…

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