D’abord, c’était une simple expérience, inspirée du précieux article de Corinne Monnet : http://infokiosques.net/spip.php?article239. Si les hommes prennent l’espace de parole et contrôlent le cours des conversations sans qu’on n’en sache rien (et eux non plus) qu’en est-il de l’espace physique de la rue et des trajectoires des passants ?

J’ai marché droit devant moi, sans m’écarter pour croiser les passants. C’était beaucoup plus difficile que je ne l’aurais cru ; j’ai failli me casser la gueule en luttant contre mes propres jambes, qui me déviaient spontanément… mais j’ai tenu bon, mes jambes ont fini par m’obéir à peu près et j’ai pu constater que la réalité était pire que mes pires soupçons.

Les petits accrochages, évitements à la dernière minute où on se frôle et où on se gêne un peu, concernaient beaucoup plus d’hommes que de femmes. Les coups d’épaules échangés avec des passants plus réticents se sont produits systématiquement avec des hommes, très souvent blancs et dans la cinquantaine. Les trois occurrences de bloquage face à face ont eu lieu avec trois hommes blancs autour de la cinquantaine.

Mais les femmes, alors ? Quand j’ai vu ce qu’elles faisaient, je me suis dit, quelle andouille, j’aurais pu m’en douter puisque moi qui ai été socialisé’ comme une femme, je fais toujours ainsi. Les femmes s’écartent, mais sans se faire remarquer : elles tiennent compte des passants qu’elles vont croiser et modifient leur trajectoire cinq bons mètres à l’avance ! Souvent peu, mais continuellement.

Ainsi, personne ne s’avise que s’écarter n’est pas l’habitude de tout le monde ou d’une seule, mais celle de toutes les femmes. Chaque femme y voit les bases de la politesse, et non l’anticipation d’un accrochage. Les hommes, a priori, ne voient rien du tout : ils marchent, tout simplement.

En fouillant dans ma mémoire, je retrouve des souvenirs de cet apprentissage : d’abord des accrochages, puis la prise de conscience du problème (mais hélas pas du genre du problème) ensuite un changement volontaire de mes habitudes, pour en arriver aujourd’hui à une attitude spontanée, d’apparence naturelle, et bien difficile à combattre.

En fouillant encore, je trouve une étape « poussette » : à l’époque, il m’a fallu tenir encore plus compte des passants, car je ne pouvais pas toujours m’écarter et jamais au dernier moment.

Après, c’est le black-out : l’oubli complet de ce parcours d’apprentissage et l’impossibilité de m’apercevoir de quoi que ce soit. Sans le questionnement précis que m’a suggéré une réflexion acharnée sur le sexisme, cette cécité serait restée bien en place !

Maintenant que ce premier constat est fait, je voudrais conduire une expérience rigoureuse et à plus grande échelle, qui ne laisserait plus place aux doutes (les miens y compris). Je pense à une amie qui est anthropologue, mais n’hésitez pas à vous intéresser à ce projet et à en parler autour de vous !

Et bien sûr, je vais continuer à ne pas céder le pas aux hommes. Il ne manquerait plus que ça ! Bon, ça reste difficile : dès que je pense à autre chose, je recommence à louvoyer. Mais ce qui a été appris peut se désapprendre…

Publicités
commentaires
  1. jmenti dit :

    Le pavé ma également posé beaucoup de réflexion.
    Encore une fois ce n’est pas qu’une question de sexisme mais une multitude de rapport sociaux qu’on retrouve dans ces schémas.
    J’ai souvent eu l’habitude de louvoyer pourtant éduqué comme homme..
    Après c’est sur je ne suis pas blanc ni âgé.
    C’est surtout pour moi la meilleur façon d’aller à un rythme rapide.
    C’est plus facile de faire quelque pas de coté que de trainé derrière les touriste les lèche vitrine et les vieux trop chargé.
    Sinon le vestimentaire apporte beaucoup:
    Le chapeau on vous salut
    Les jolie escarpin => priorité sur les passage piéton
    La jupe => attire le regard

    Y’en à d’autre mais je ne m’en rappelle plus sur le coup.
    Je commenterai à l’occasion. Sa me remotive à refaire plus d’expérience dessus.

    Je tiens juste à faire une mention spécial à la crasse et la puanteur.
    Dans un état bien avancé, surtout à plusieurs, vous allez avoir le loisir de faire changer la foule de trottoir !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s